Le palais du graff de la rue des Pyrénées

Un ancien entrepôt RATP devient LE spot du graff à Paris

Un soleil estival inonde l’Ile de France depuis plus de deux mois maintenant et transforme la capitale studieuse en une cité riante. Celle-ci semble ainsi avoir définitivement abandonné son triste pardessus hivernal gris-argent/gris-souris pour un accoutrement plus festif, comme embarquée dans une parade permanente qui glisse entre une lumière aveuglante et zénithale à un camaïeu d’ombres bleu-vert-violet-noir. Traverser la ville des passages entraine le piéton ou le cycliste dans un défilé scintillant et dionysiaque paré de mille nuances renouvelées. Partout la vie a repris de son intensité, et sur les façades s’affiche comme en miroir une autre féérie urbaine : des couleurs éclatent dans les rues, et sur les murs fleurissent de nouveaux graffs, tandis que certaines fresques font peau neuve. C’était le cas autour de l’ancien entrepôt RATP de la Rue des Pyrénées en ce mardi 19 avril 2011, où s’activaient de nombreux artistes et où j’ai fait la plupart des photographies illustrant cet article.

Ainsi, les artistes et les différents crews réinvestissent aux beaux jours leurs terrains d’expression favoris (même si malheureusement les espaces autorisés ne sont pas légions à Paris) avec une verve créative qui saute aux yeux de ceux qui savent regarder la ville dans ce qu’elle a de plus authentique et de plus inventif. Comme si la palette colorée pourtant intense de la VRAIE nature (celle qui existe quelque part, loin au delà du périph’) avait été encore accentuée, dépassée même : dans les fresques dessinées et peintes avec une nécessité aiguë, les verts sont vraiment acides, les bleus vous plongent au delà de l’outremer, les rouges explosent et saignent à vif !

C’est pourquoi, parisien blasé ou touriste aiguisé, le regard ouvert à 360° sur la cité,  n’hésitez pas, à vos heures perdues et plutôt que de prendre passivement le métropolitain lors d’un déplacement, à vous aventurer dans les rues. De préférence dans les quartiers nord-est qui d’ailleurs sont les derniers bastions réellement populaires et où vous découvrirez les plus beaux graffitis, les tags les plus aboutis. Ou sinon encore plus loin en banlieue pour les plus audacieux… Toujours avide d’émotions visuelles décapantes, absolument free et libres de droits, partez juste pour RIEN, pour le plaisir des yeux ! A pied ou à deux roues, osez des déambulations inconnues, des flâneries urbaines inspirées : une apothéose de tracés aériens, une symphonie de bombes aérosol et de calligraphies vives, sifflantes et sinueuses, des typographies massives et cubiques, des lettrages organiques vous surprendront sûrement au détour d’une ruelle sombre ou sur la façade d’un immeuble voué à la démolition. Regardez partout autour de vous, au sol, en l’air, et vous découvrirez une autre ville, une ville éphémère mais aussi une ville intemporelle, rémanence du vécu de ses habitants, une ville qui sait ouvrir son cœur et secouer les esprits en traçant des lignes de force, une ville parfois damnée et noire, parfois légère, humoristique et lumineuse, porteuse d’espoirs et de rêves…

Le diaporama ci-dessous présente ma meilleure sélection, en faisant le tour dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, du long (trois cent mètres environ) et très haut (entre 4 et 8 mètres en moyenne) mur d’enceinte de l’entrepôt RATP du XXéme arrondissement de Paris sur lequel depuis deux ans des graffeurs/tagueurs inscrivent des œuvres murales monumentales et extrêmement élaborées.

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Écoutez les cris stridents enregistrés sur le béton, regardez les entrelacs de lettres dessinant des mots incompréhensibles pour le néophyte, touchez du doigt les silences lourds gravés dans le macadam et vous commencerez à dialoguer avec la cité fantasmée, vous entendrez la vraie clameur du monde, celle qui accouche de notre réalité après avoir muri dans l’imagination et les tripes des artistes de rue. Ceux-là savent si bien lui redonner un existence charnelle, un visage certes un peu déroutant, car faits de mots-images, de mélanges de styles, mais c’est une interface QUI NOUS PARLE ! Car le mystère des mégapoles ne se laisse débusquer qu’à de très rares moments, lorsque elles cessent enfin de n’être qu’un vulgaire terrain de luttes, celles que chacun y livre au quotidien pour sa survie ou son profit, assourdi par le rythme martelant de la production matérialiste, le mythe de l’accomplissement individualiste.

Stop ! Un inspire, laissez passer dans un reflux le grand carnaval du marketing et de l’argent roi. Dans l’expire suivant, c’est la marchandisation de l’humanité entière qui plonge dans les abysses… Puis faites encore une profonde respiration. Les horizons s’élargissent alors sur de nouvelles significations, les énergies vives trop longtemps contenues percutent et crèvent les murs de briques, des névroses se mettent en scène dans un mouvement d’impatience tandis que certaines de nos certitudes artistiques pâlissent.

Vous allez comprendre, partager, ressentir la vibration régénératrice du Street Art qui exprime la violence du vivant, cette vitalité, cette spontanéité que la modernité aseptisée et soi-disant civilisée se refuse en général à regarder en face ! Certes l’art urbain, les tags, graffitis et pochoirs sont à la mode, la côte de certains artistes dépasse désormais des sommets et leurs œuvres sont exposées dans les galeries spécialisées qui savent surfer sur la vogue des nouveaux collectionneurs pour le Street Art. Mais c’est vraiment dans la rue que cette forme artistique prend tout son sens puisqu’elle y est née pour interpeler le simple passant et non pas l’étudiant d’art averti ou le journaliste avide de scoop. Ici, des façades aveugles vous ouvrent grands leurs yeux qui, dit-on, sont le miroir de l’âme… Autant de portes vers d’autres enfers plus somptueux, mais aussi un accès direct pour les Champs Élysées antiques, devenus le terrain de toutes nos projections urbaines familières, un havre d’existence pour tous les héros et les monstres de notre mythologie contemporaine.

Quoi de plus éloquent que les friches de la mégapole contemporaine, les expressions artistiques de la marge, pour symboliser et illustrer toute la complexité de notre société ? La cité est réellement le terreau de notre nature humaine, rester ouvert à ses messages et à ses énergies créatives, c’est être toujours à l’écoute de nous-même, dans ce qu’on a de plus surprenant et (ré)créatif. La nuit, les lumières de la ville, ses lampadaires, ses monuments illuminés, ses vitrines et ses panneaux publicitaires éclairés 24h/24 nous empêchent de voir les étoiles. Assurément, le graff est devenu l’expression plastique revendicatrice la plus puissante : en plein jour, il permet de décoller du macadam, de s’arracher des cités bétonnées et des zones industrielles en déshérence pour aller voyager jusqu’aux confins de la voie lactée.
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La presque totalité des photographies ont été prises autour du mur d’enceinte de l’ancien entrepôt RATP délimité par les rues des Pyrénées, Lagny, de la Plaine et des Maraîchers, à deux pas du cours de Vincennes dans le XXème arrondissement de Paris, le 19 avril 2011. Depuis, le mur d’enceinte et les façades des bâtiments murés ont sûrement encore changé d’apparence, allez voir l’évolution par vous-même si vous passez par là ! Ce spot est depuis deux ans très prisé des artistes de rue, et c’est là que vous trouverez les plus belles fresques parisiennes pour cette forme artistique. La compétition y est un facteur d’émulation et de création !

L’art urbain, le Street Art, un sujet à suivre sur lapartmanquante !

Je vous conseille aussi vivement d’aller faire un tour sur le  site Photograff Collectif, vous y trouverez de nombreuse informations concernant l’historique du lieu, ainsi que de très belles photographies. Celui de Gavroche père et fils est aussi très bien fait. Et si vous avez aimé cet article, ou si vous voulez ajouter une information, le mur des commentaires ci-dessous est ouvert à toute inscription amicale !

Florent Hugoniot

P.S. : toutes les photographies de cet article sont soumises au droit d’auteur, merci de le respecter.
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