Anish Kapoor : London, Paris, Venezia et au delà…

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Pour prolonger l’exposition Monumenta 2011 par Anish Kapoor, toujours en cours au Grand Palais (mais pas pour longtemps, c’est encore ouvert quelques jours seulement, jusqu’au 23 juin, dépêchez-vous ! ) voici un AVANT et un APRÈS « Leviathan ». Un voyage dans l’univers de l’artiste contemporain anglo-indien le plus célèbre et le plus célébré actuellement. Le diaporama ci-dessus commence par Londres, en novembre 2010, où la Serpentine Galerie située à Hyde Park, présentait à même la pelouse anglaise et en plein air, quatre de ses grandes sculptures miroirs avec « Turning the World Upside Down ». Puis, une grande étape à Paris, où pendant la durée de Monumenta 2011 en juin 2011, il fallait aussi aller visiter deux autres lieux investis par Anish Kapoor sur la Rive Gauche : la Chapelle des Beaux Arts et la galerie Kamel Mennour, toutes deux dans le 6éme arrondissement. L’idéal étant, après un passage plus ou moins long à « Leviathan » (selon les capacités d’apnée de chacun !) de continuer le parcours avec ces deux autres expositions, et de passer de l’échelle gigantesque du Grand Palais à celle toute intime de « Almost Nothing » à la galerie Kamel Mennour, avec une transition encore assez monumentale à la Chapelle des Beaux Arts. Dans cette dernière, on pouvait déambuler dans l’installation ambitieuse constituée d’un ensemble de sculptures récentes en ciment, les Cement Work, hautes tours grises générées par un logiciel et édifiées par une machine. L’exposition s’étant terminée le 11 juin, il ne restera donc que les photos de cet article pour vous consoler de ne pas vous y être déplacé ! Et puis, si vous n’avez pas prochainement programmé un séjour à Venise, voici un point final dans la Sérénissime, avec une autre étape à la Fondation Prada située sur le Grand Canal, où on ne peut pas éviter au rez-de-chaussée cette autre installation d’Anish Kapoor, « Void Field ». Elle consiste en une série de vingt grands cubes de grès rouge grossièrement taillés et posés au sol sur les dalles, chacun évidé et percé d’un trou au sommet. On devine qu’à l’intérieur des blocs, un pigment bleu sombre a été passé partout sur la surface dans la cavité intérieure. Impressionnante mise en scène de la disparition et de l’anonymat dans la mort, on pense évidemment aux stèles d’un cimetière archaïque et métaphysique. C’est du lourd, mais rien de ténébreux, malgré le cérémonieux et le faste impressionnant de ce palais vénitien, restauré avec un goût sans faille – on n’en attendait pas moins de l’illustre maison de couture milanaise ! Et puis en point d’orgue, une arrivée  – en vaporetto – à la basilique San Giorgio, face à la place San Marco, pour la dernière installation « Ascension » d’Anish Kapoor, qui dure jusqu’à la fin de La Biennale di Venezia « Illuminazioni », le 27 novembre 2011. Le dispositif, dans cet immense lieu épuré et sacré, consiste en une espèce de baptistère géant, bassin circulaire gris clair posé au sol au milieu du transept, et d’où sort un timide panache de vapeur d’eau. Fixés aux quatre coins, quatre colonnes massives – dans ce même ton volontairement neutre ici, mais pas du tout discret – envoient de l’air avec une armée de ventilateurs alignés les uns sur les autres et partiellement cachés.  Ce dispositif trés massif est sensé créer un tourbillon d’air qui transforme sporadiquement, malgré les courants d’air capricieux circulant à l’intérieur de la basilique, la fumée en un tube diaphane irrégulier et ondulant, une sorte de cordon ombilic spirituel reliant la terre et le ciel, l’homme à ses divinités, au cosmos… La colonne d’air vient finir sa course sous la coupole, aspiré assez piteusement par un banal entonnoir en acier. Cette installation inesthétique peine à faire entrer le spectateur dans la dimension poétique évoquée initialement par le titre de l’œuvre : une attraction vers le sacré, un passage vers un au-delà, ici bien improbable… Petite déception donc pour cette dernière étape vénitienne (l’œuvre a déjà été exposée en 2003 à la Galerie Continua en Italie, San Gimignano, ensuite en 2006 au Brésil, Rio de Janeiro, Brasilia et San Paolo, puis en 2007 à Pekin).

Le miracle annoncé n’aura ici pas eu lieu, mais avec un peu de patience – et c’est peut-être là le charme de cette œuvre-ectoplasme –  on comprend absolument l’intention de l’artiste tout en prenant le frais ventilé de la basilique San Giorgio  (ou en faisant une prière pour certains… ). Tandis que l’astre solaire inonde la Sérénissime et se joue des reflets avec l’eau de la lagune environnante, s’épanche de toutes ses brillances, de toutes ses fulgurances… Car Venise à elle seule déjà tient du miracle, et c’est surement là tout le paradoxe !

Admirateurs d’Anish Kapoor, de ses miroirs où le regard se noie, de son penchant pour les énigmes intensément colorées, de ses absolus déroutants, de ses profondeurs habitées et de ses infinis parallèles, de ses jeux d’inversion concaves/convexes, plein/vide, de la philosophie Zen de Lao Tseu… vous voilà servis ! Certes le voyage continuera toujours avec cet immense artiste, du moins espérons-le ; ailleurs dans le monde, toujours plus loin, encore plus haut ou plus profond dans d’autres espaces temps. Mais il n’est plus besoin d’aller le suivre jusqu’en Chine puisqu’il vient d’y annuler une exposition organisée au National Museum of China de Pékin, en protestation contre la détention de son confrère chinois Ai Weiwei arrêté il y a deux mois par les autorités et placé en détention secrète.

Pour plus d’explication sur les deux expositions parisiennes (pour celle du Grand Palais, voir La méditation du Léviathan), lire ci-dessous les textes explicatifs distribués par la galerie Kamel Mennour.

Exposition personnelle à la Chapelle des Petits-Augustins de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts, 14 rue Bonaparte 75006 Paris (clôturée)

Dans la nef de ce monument vénérable, Anish Kapoor a installé un ensemble de ses récentes sculptures de ciment. Ces hautes tours grises évidées se présentent sous la forme de proto-architectures, sortes d’édifices des premiers temps de l’humanité, comme par exemple les ziggourats en briques mésopotamiennes. En un sens, elles renouent avec l’esprit animant les œuvres de pigment qui ont rendu l’artiste célèbre au début des années 1980. En dépit de leur facture artisanale, ces Cement Works sont conçus avec l’aide d’un logiciel, tandis qu’une machine, expulsant et déposant de la matière, procède à leur édification. ces œuvres témoignent de l’intérêt de l’artiste pour l’auto-génération, concept hérité du mot sanscrit svayambh. Les sculptures d’Anish Kapoor donnent en effet la sensation de ne pas avoir été crées par une main humaine et d’avoir toujours été là, à l’instar de certaines formes à la beauté confondante élaborées durant des millénaires par les forces de la nature : on songe aux tombants de corail, à certaines formes rocheuses… « Tout part du corps », déclare Anish Kapoor. C’est pourquoi ces œuvres ont également une dimension organique, déjà sous-sous-jacente dans les sculptures en cire rouge réalisées au cours des dix dernières années. Les Cement Work évoquent les enroulement des intestins.

(On voit aussi ici le parallèle saisissant entre les drapés des copies en plâtre d’œuvres classiques et les motifs en vaguelettes ou en maille des Cement Work)

La Chapelle des Beaux Arts, où fut créé le Musée des Monuments français en 1791, abrite une collection remarquable de copies de peintures et de sculptures de la Renaissance italienne, notamment du Jugement dernier de Michel-Ange et du Colléone de Verrochio. Entre les formes d’Anish Kapoor, archaïques et néanmoins créées à l’aide d’une technologie de pointe, et ce que l’on estime être le plus grand raffinement jamais atteint par la civilisation occidentale, le contraste sera violent. Il questionnera sans aucun doute la nature de ce que l’on nomme l’art.

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« Almost Nothing » à la galerie Kamel Mennour, 47 rue Saint André des Arts 75006 Paris, du mardi au samedi, de 11h jusqu’à 19h et jusqu’au 23 juin 2011.

Pour sa première exposition personnelle à la galerie Kamel Mennour, Anish Kapoor présente un ensemble d’œuvres autour de l’idée du vide et de l’immatérialité, concept récurrents depuis le milieu des années 1980. A la suite des Pigments Pieces qui l’ont rendu célèbre, l’artiste entreprit de creuser la pierre afin d’en tapisser l’intérieur de pigment sombre. Il s’aperçut bien vite que ce vide n’était pas vide, et qu’il ouvrait sur une obscurité insondable, pleine de la terreur que chacun pourrait y projeter.

Les sculptures réunies dans cette exposition abordent chacune une facette spécifique de l’œuvre d’Anish Kapoor, lequel fait appel à des techniques et des matériaux très divers : on y croisera des œuvres en résine, en acier miroir, en pigments ou encore en fibre de verre. certaines ont une réelle dimension historique, en raison de la rupture qu’elles ont marquées dans la carrière de l’artiste. c’est le cas par exemple de The Healing of St Thomas présenté à Venise en 1990, alors qu’Anish Kapoor représente la Grande Bretagne. Il s’agit de la première œuvre de l’artiste intégrant véritablement l’architecture. Elle consiste en une incision dans le mur, comme si ce dernier respirait. Évoquant une sorte d’umbilicus mundi, de nombril, elle est issue d’une série d’œuvres de tonalité blanche inspirées par le site d’Uluru en Australie, formes gravides qui, en raison de leur quasi invisibilité, nécessitent le déplacement du spectateur pour être perçues.

L’artiste réalise des miroirs concaves et convexes depuis le milieu des années 1990. La surface de Untitled (2011) paraît au premier abord vide, mais elle est pleine de toutes les possibilités du monde qu’elle avale et retourne. ce regard renversé constitue ce que l’artiste nomme le « sublime moderne ».

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Né à Bombay, Anish Kapoor est installé à Londres depuis le début des années 1970.        Son travail a rapidement gagné une considération internationale célébrée par de nombreux prix, dont le fameux Turner Prize qu’il remporta en 1991. C’est aussi lui qui a été choisi pour concevoir le signal marquant les prochains Jeux Olympiques de 2012 à Londres. Ce sera une sculpture de 116 mètres de haut intitulée « Orbit ».

lapartmanquante ne manquera pas de suivre cet évènement (avant ou après la fin du monde prévue aussi en 2012) pour un autre voyage cosmique !!

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