Street Art : Mexico et le monde hispanoamericain

Chaz Bojórquez, vitrine de l’exposition « Intersticios urbanos » (verso)

Avec l’exposition « Intersticios urbanos », le Centro Cultural de España à Mexico propose un joli parcours en pointillé sur le Street Art. L’exposition (qui vient juste de clôturer) tente de synthétiser différents supports artistiques : fresques géantes peintes en extérieur, collages, photographie, vidéos, installations plastiques, en passant par la sculpture, la peinture et la sérigraphie, le tout mixé dans un accrochage light et bien dosé. Dans la plupart des œuvres présentées prévaut le ton contestataire, l’interpellation et la provocation, dans la pure veine révolutionnaire, identitaire et libertaire des années soixante. Le Street Art affirme ici son rôle résolument politique, en plus de sa particularité esthétique.

Son mode d’expression est protéiforme, mais son but est un : réveiller les consciences endormies des citadins, donner à voir, mais surtout à penser ! L’exposition se positionne à cheval entre le Mexique, les USA, l’Espagne et le reste de l’Amérique latine. Entre autres artistes exposés, Chaz Bojórquez (USA), Inti (Chili), Alexandre Orion (Brésil), Bastardilla (Colombie), Susso 33 et Spy (Espagne) pour le versant international. Plus de nombreux jeunes talents de Mexico DF – la plupart sont nés après 1975 –  tels que Kid:ghe, Saner, Fanzye, Zzierra Rrezzia ou Satter.

Street Art, graffiti, art urbain…

Résumé parfois uniquement au graffiti, le Street Art est une galaxie sans fin. « Intersticios urbanos » élargit ici le champ de vision des visiteurs et donne quelques pistes de compréhension et d’investigation. Même si son objet d’inspiration et son espace d’expression est la rue, Said Dokins et Laura Garcia ont tenté de donner à ce tour d’horizon chicano et mexicain une forme de véracité soft et presque minimale. Les deux curateurs ont cependant voulu refléter une vraie dynamique urbaine, à l’opposé d’une célébration artificielle et par trop officielle – récupération qui se produit de plus en plus dans les musées et les galeries du monde entier : après la photographie, le Street Art est actuellement en pleine vogue auprès des collectionneurs comme du grand public, la publicité et la mode mainstream l’ayant déjà plagié depuis longtemps…

Terrasse du Centre Culturel d’Espagne à Mexico

Le Centre Culturel Espagnol à Mexico est installé juste derrière le Zocalo et la grande cathédrale, dans un bâtiment entièrement rénové et sur quatre niveaux. L’accrochage, parfois assez inégal, se veut à la fois brut de décoffrage et didactique, avec quelques œuvres magnifiques, d’autres plus modestes mais qui ont le mérite de donner une tonalité « amateur » et de proposer plusieurs niveaux d’accès au public. Le dialogue entre plusieurs artistes issus de différentes zones géographiques, mais reliés par leurs origines latines, est revigorant.

Confrontations urbaines et flux migratoires

Laissons nous glisser entre les murs, ceux de toutes les grandes villes du Mexique, des USA, d’Espagne et d’ailleurs. Entrainé par les flux migratoires internationaux – problématique largement illustrée ici – on s’engage dans une histoire tourmentée et sans âge. Pourtant au rez de chaussée, quelques photographies et des archives marquent historiquement ce mouvement artistique apparu dans les années trente en Californie (avec des peintures sur les façades à la cire liquide) et plus particulièrement avec les conflits raciaux entre Mexicanos et Gringos, appelés Zoot suit Riots, dans les années quarante.

Mais commençons le parcours avec le vétéran et précurseur du graffiti californien, Chaz Bojórquez (68 ans), maitre emblématique du Cholo, expression née dans la communauté latino et les gangs vivant à Los Angeles et le long de la frontière étasunienne/mexicaine, quelque part entre deux cultures, entre clandestinité et violence armée. Lui-même a grandi dans ce contexte et dessina dans les années soixante le célèbre motif El Senor Suerte, repris par tous les gangs de la ville, porté comme un talisman en tatouage.

Chaz Bojórquez devant « El Senor Suerte », 1980

Chaz Bojórquez est lui aussi devenu une sorte d’icône, il a orné la vitrine du Centre Culturel d’Espagne avec le titre de l’exposition peint en blanc dans ses fameuses lettres gothiques Old English. Une deuxième œuvre in situ encadre le passage entre les deux salles qui lui sont consacrées. Je conseille le très bon documentaire Chaz Bojorquez, les lettres de noblesse de Los Angeles, réalisé par Hugo Vitrani sur cet artiste incontournable, à l’occasion de l’exposition Art in The Streets du MOCA (Musée d’art contemporain de Los Angeles).

« Dislocatión de la representatión »

Au rez-de chaussée, des peintures monumentales, un écran (on aurait préféré une salle de projection…) diffusant une très belle sélection de vidéos urbaines : « Sin titulo » de Spy Leé, « Scenic Painting in Action » et « Festival de Teatro Clasico de Almagro » de Suso 33, « Polografias », « Sin titulo » et « Ossario » de Alexandre Orion.

Ci-dessous la vidéo de Spy Leé, « Sin titulo ».

X

« Se vende migrante », Ana Santos, 2009-2010

Ana Santos, avec son projet « Se vende migrante », a disposé deux de ses sculptures/caisse de-transport-pour-migrants dans le patio. Son travail, en plus d’être soigné et original, prend toute sa résonance dans ce parcours artistique. On sent bien ici que l’art urbain rejoint la demande de reconnaissance et de dignité d’une grande part oubliée de la population mondiale.

« Diga « ah » » (détail), Zzierra Rrezzia, 2011

Beaucoup d’œuvres grand format sont réalisées pour l’exposition in situ. Par exemple celle de Zzeria Rrezzia, accompagnée de quelques sérigraphies, et dont le travail m’a semblé très intéressant. Des lunettes en carton vert/rouge permettent d’avoir une vision 3D de « Diga Ah » ci-contre. Toute une salle au premier étage lui est attribuée. Dans le diaporama ci-dessous, une vue plus rapide des salles avec d’autres photos des oeuvres de Zzeria Rrezzia.

« Legalise Sacrifices », Zzierra Rrezzia

L’exposition se développant autour de l’escalier sur les niveaux supérieurs, les espaces vont en se rétrécissant. Seule la terrasse et le bar/restaurant au dernier étage bénéficient de la même surface volumineuse que le rez-de-chaussée.

Ci-dessous, « Migrante », un impressionnant collage in situ de Marco Sueno.

« Migrante » (intervention), Marco Sueno

Et pour conclure, un diaporama pour une vision plus complète, avec des répétitions (impossible d’éliminer les doublons) mais aussi quelques oublis de noms… J’espère que cela ne gâchera pas, chèr(e) lecteur/rice cette visite virtuelle et riche en surprises de « Intersticios urbanos », que vous pouvez apprécier de l’autre côté de l’écran, à défaut de vous déplacer à Mexico. Et de toute manière ce n’est plus la peine, puis qu’elle s’est terminée il y a quelques jours…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

L’exposition est terminée, mais le graffiti est extrêmement vivant dans les rues de cette mégapole immensede 20 millions d’habitants, dans ses faubourgs… A Mexico, murs et terrains vagues sont recouverts de fresques magnifiques, puissantes et très inventives. Rien d’étonnant à cet engouement, les façades dans les villes mexicaines sont traditionnellement entièrement peintes à la main de couleurs vives, le logos et de textes commerciaux, d’illustrations naïves ou de composition plus audacieuses. De l’inventivité et du Grand Art ! Il suffit de déambuler dans les quartiers (bien se renseigner pour ne pas risquer d’embrouille…) afin d’admirer ces œuvres en plein air et dans la rue, véritable lieu de naissance et de résonance du Street Art.

F.H.

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2 commentaires pour Street Art : Mexico et le monde hispanoamericain

  1. manù dit :

    ton blog est magnifique! ça me réchauffe les entrailles, il ne fait déjà plus que 6 degrès au pays des Hispano-Bretons…

  2. Ping : Street art « arte-in-french

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