La Virgen de Guadalupe dans tous ses états

Au Mexique, La Vierge de la Guadalupe (prononcer Gouadaloupe) est LA grande figure tutélaire sacrée, sa véritable reine, une divinité et une idole à la fois. « Sainte patronne et impératrice de l’Amérique » selon le Vatican, ce qui fut au début une apparition face à un paysan indien récemment converti au Catholicisme est devenu une des clefs du passage d’un type de spiritualité à un autre. Aujourd’hui elle est la voûte de la religion officielle du Mexique. Cette grande nation moderne, issue de civilisations ancestrales et puissantes à jamais disparues, héritière de la culture hispanique impériale, est composé d’une population à grande majorité catholique et croyante – la foi des mexicains est universellement connue ! – et très pratiquante. Impossible de négliger cette particularité lorsqu’on veut ressentir l’âme de ce pays si attachant. Et cette foi s’est cristalisée dans son aspect bienveillant sur la figure de la Virgen de Guadalupe, ou encore Vierge noire, qui est apparue dans les premières années de la Conquista et qui est une sorte d’avatar de la Vierge Marie. Elle est représentée par une sainte femme morena (brune) ayant les traits d’une indienne, priant debout, soutenue par un ange et posée sur un croissant de lune, le corps entier auréolé d’une mandorle de lumière – parfois simplifiée en rayons solaires baroques.

Icône de la Virgen de Guadalupe, Tepeyac, Mexico

Le 12 décembre lui est consacré et de toutes les parties du pays et du monde, les croyants affluent et se pressent sur le parvis et dans la basilique qui porte son nom, sur la colline de Tepeyac au nord-est de Mexico. Plusieurs millions de pèlerins par an, entre 6 et 7 million lors de la seule commémoration du 12 décembre… Construite pendant les années soixante-dix dans une architecture moderniste, la basilique jouxte l’église originale datant du XVIème siècle, qui menace aujourd’hui de s’écrouler. Elle accueille désormais l’image sacrée de la Vierge noire, célèbre et copiée partout dans le Mexique. C’est, selon les autorités du Vatican – qui ont eu pourtant du mal à admettre ce miracle à l’époque des conquistadores – l’image originale de la Vierge qui s’est imprimée sur le poncho du paysan Juan Diego Cauhtlatoazin et auquel elle serait apparue une première fois sur la colline de Tepeyac un 9 décembre 1531. Afin de convaincre pour la quatrième fois le prélat catholique de Mexico, Juan Diego arrive devant celui-ci avec des roses de Castille, chose impossible alors, qu’il dit avoir cueillies au sommet de la colline selon l’injonction de l’apparition. Il libère alors les fleurs, enveloppées pour le transport dans son manteau, et les dépose au sol. Miracle, apparait alors imprimée à l’intérieur de sa tilma en fils d’agave, l’icône rayonnante de la Vierge exposée encore aujourd’hui dans la basilique de Tepeyac… Pour plus de détails sur l’histoitre/légende, pour ou contre sa véracité, voici ce lien sur Wikipedia.

San Diego a été cannonisé par le Pape Jean-Paul II en 2002, ce qui a occasionné un regain de ferveur, des rediffusions internationales sur les chaînes de télévision et des embouteillages monstres à Mexico.

Partout ailleurs dans le pays, chaque 12 décembre, la Vierge de la Guadalupe est également célébrée, des autels lui sont dressés sur les place, des offices sont célébrés dans les églises, jeunes commes vieux orgnisent des processions en son honneur, lui offrent des fleurs, des chants et des danses. Oaxaca est réputée pour ses festivités colorées et joyeuses, dédiées à la Vierge noire.

Mais il n’est pas nécessaire d’attendre le 12 décembre pour comprendre l’importance du culte qui lui est voué ! C’est bien simple, on trouve une représentation de la Virgen de la Guadalupe dans pratiquement toutes les églises, et à chaque coin de rue une petite chapelle lui est consacrée, sa sculpture se tient, humble, dans une alcôve, elle est peinte à l’émail sur des carreaux de céramique ou en grand sur une facade entourant un terrain vague, elle orne un mur, une fontaine…

On la croise même dans les lieux les plus incongrus, à l’entrée d’une gare, dans un marché, dans un hall, dans de nombreux commerces… Son image est là pour assurer continuellement le salut de son peuple, à le bénir dans chacune de ses action ; nombreux sont les mexicaines et mexicains qui se signent en passant juste devant la porte d’une église. Dans ce pays très croyant, la Vierge de la Guadalupe a vite donné une identité nationale à cette religion catholique importée par les Espagnols, ainsi qu’une référence culturelle – Zapatta brandissait l’étendard de la Vierge pendant la Révolution – à ce nouveau pays.

La religion catholique fut imposée, ne l’oublions pas, aussi bien par la force et la destruction de la culture précolombienne que par la pédagogie et l’humanisme de certains prêtres. Le Mexique, comme tous les pays d’Amérique centrale et latine, a intégré ce nouveau schéma spirituel grace entre autre au synchrétisme du culte de la Vierge de Guadalupe, un métissage réussi entre indiens et européens. On peut cependant faire un lien avec les divinités aztèques et le culte de Tonantzin, sur cette même colline de Tepeyac – et dont les missionaires espagnols se sont acharné à détruire les vestiges. Linguistique et anthropogie font un rapprochement entre la Vierge Marie et la déesse nahua de la terre et de la fertilité, avec la symbolique du serpent comme trait d’union. La Vierge Marie est le personnage divin qui selon l’Apocalypse chrétienne, va écraser et neutraliser sous ses pieds le démon/serpent, l’incarnation du mal, à la fois le tentateur d’Eve et Adam, et l’hydre de la destruction pour la fin des temps. Coatlice/Tonantzin porte une ceinture de serpents, symbole de sa suprématie sur les forces obscures. Bien sûr, l’apparence diffère un peu !

Cette déesse était appelée Coatlice (du náhuatl : cóatl-cuéitl,  » Dame de la chûte de serpents », et qui fut connue également sous le nom de Teteoinan (du náhuatl : téotl-nan, « déesse-mère », « mère des dieux ») ou Tonatzin (du náhuatl : to-nan-tzin, « Notre vénérable petite mère »).

Statue de Coatlicue exposée au Musée National d'Anthropologie de la ville de Mexico.

On peut facilement la rapprocher de la Pachamama, l’esprit de la terre mère, encore vénérée dans les Andes. Mais on peut aussi penser aux saints afro-catholiques du synchrétisme brésilien, ou encore à Sainte Sarah la noire, patronne des Gitans, qui vont chaque année en pèlerinage aux Saintes Maries de la mer, en Camargue.

En tout cas la Vierge noire est une bénédiction et une source d’amour pour tous les mexicains, et elle veille sur sa population avec mansuétude. Voici un diaporama qui fera apparaitre sous vos yeux ébahis diverses représentations de Virgen de Guadalupe, parfois naïve ou kitsh, parfois rebelle, généralement belle, humble, populaire, sage et sereine, toujours respectée, souvent vénérée. Ainsi soit-Elle !!

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F.H.

D’autres éclaircissements sur Mexique Voyage.

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