Un jardin mexicain

Dans le jardin mexicain, il y a des citrons tombés chaque matin au sol, comme une pluie nocturne de météorites survitaminées. Premier cadeau du jour naissant, il suffit de les ramasser pour en tirer un jus – une sève jaune acide et fraîche – qui coulera pendant les heures chaudes dans votre gorge, vos intestins revitalisés, votre sang redevenu couleur vert tendre.

Dans le jardin mexicain, des fleurs multicolores s’ouvrent à votre passage. Le bougainvillier lance dans l’air ses gerbes sanguines, des éclaboussures rose fushia. S’y promener est une dissection à ciel ouvert. Le regard y plonge, aspiré par l’infinité des nuances émeraudes, des fluorescences vermillon et or, tandis que l’âme s’ébranle doucement jusque dans son lieu le plus intime. Un dialogue muet avec les espèces végétales se met en place, c’est le réveil des innocents. Hop, un colibri papillonne par ci par là, il vient se gorger du suc des fleurs à peine écloses dans un froissement de plumes-étamines. L’humidité de la nuit est vite dispersée par les rayons de soleil déjà brulants. Le chat de la maison en profite pour faire son repérage matinal et escalader les terrasses en ciment. Les toits de tôle ondulée s’animent déjà sous la chaleur.

Dans le jardin mexicain, chaque jour une surprise : un plante oubliée a décidé de se manifester et fleurit dans un coin ombragé. Elle devient ainsi le centre de toutes les attentions, le point névralgique de cet espace clôt, le cœur qui bat. Il faut arroser un peu, pas trop, car le soleil déjà tire vers lui le surplus d’énergies qu’il entend récupérer. Mais le jardin est près à lui sacrifier quelques fruits murissants sur la pierre volcanique.

Dans un jardin mexicain, on a le sentiment de refaire vivre de naïves mythologies indiennes. Le corps est attentif comme un arbuste en croissance, il retrouve ses racines de vie. Bonheur palpable que celui de reconnaitre un coin d’Éden imaginaire, notre silencieuse mère nourricière. La révolution solaire justifie enfin le fil des heures. Tout en se sentant absolument présent ici, maintenant, et en même temps partout ailleurs, relié au monde et à la réalité, l’être tout entier tisse ce cordon aérien qui le tire vers sa nature humaine, enfin réconciliée.

Florent Hugoniot

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Après cette mise en bouche, le raffinement stellaire d’Octavio Paz, Concert dans le jardin, poème original en espagnol suivi de sa traduction en français :

OCTAVIO PAZ

Concierto en el jardín (Vina y Mridangam)

A Carmen Figueroa de Meyer

Llovió.
La hora es un ojo inmenso.
Somos nuestros reflejos.
El río de la música
Entra en mi sangre.
Si digo: cuerpo, contesta: viento.
Si digo: tierra, contesta: ¿dónde?

Se abre, flor doble, el mundo:
Tristeza de haber venido,
Alegría de estar aquí

Ando perdido en mi propio centro

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©Photo Florent Hugoniot

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OCTAVIO PAZ

Concert dans le jardin (Vigne et Mridangam)

À Carmen Figueroa de Meyer

Il a plu
L’heure est un œil immense
En elle nous marchons comme des reflets
le fleuve de la musique
entre dans mon sang.
Si je dis : corps il répond : vent.
Si je dis : terre, il répond : où ?

S’ouvre, fleur double, le monde :
tristesse d’être venu,
joie d’être ici.

Je marche perdu en mon propre centre.

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6 commentaires pour Un jardin mexicain

  1. Anne dit :

    Beau, beau, beau, que c’est beau! Chapeau Florentino!
    Anne

  2. Muchas gracias beija, l’Amérique ça donne de l’ampleur !

  3. Anne dit :

    A propos de citrons dans un jardin sud américain, connais-tu l’ode au citron de Pablo Neruda?
    Très beau texte. Saludos!

  4. Mol dit :

    Encore un peu de soleil mexicain … doux souvenirs autant dans le coeur que dans l’âme et les papilles !!
    (soupirs ….) Joli, joli !!

    Merci, bises à très bientôt.

    • hilda dit :

      mon cher, lamento haber dejado pasar tanto tiempo para responderte. . . . . . queede maravillada de ver tu pagina respecto al jardin. . .eres muy amable y te reitero la invitacion cuando quieras retornar a este mi humilde jakalito, cuidate y BENDICIONES te saluda mi hijo Victor escribeme pronto a mi correo.

      • Que buena sorpresa Hilda !! Pienso a ti como una rosa maravillosa, la reina de tu jardin ! Cuidate y viva la revolucion de las flores y del amor ! Hasta pronto

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