Street Art : résistances autour du bassin de la Villette

Œuvre de Dacruz, quartier pont levant rue Riquet, Paris 19ème (détruite)

Dans le dernier billet relatif au Street Art parisien, lapartmanquante faisait son deuil de l’ancien entrepôt RATP situé rue des Pyrénées/rue de Lagny dans le 20éme arrondissement, devenu en l’espace de trois années un fabuleux terrain de jeu pour les graffeurs, et aujourd’hui démoli. Bientôt plus une seule friche artistique dans la capitale donc, à part encore quelques espaces – en cours de restructuration – dans le 19ème arrondissement, surtout situés autour du bassin de la Villette et au début du canal Saint-Martin. Quelques lieux aussi à Belleville et dans le 18ème résistent encore…

Boboïsation et spéculation sur le Street Art

Triste constat de la normalisation, qui dépasse d’ailleurs les limites du périf, car ces espaces permettent d’un point de vue urbanistique, malgré leur apparente laideur et une histoire parfois chargée, une respiration urbaine et une ouverture sur le ciel. Ce sont surtout des pages blanches laissées aux graffeurs, taggeurs, tous les artistes en herbe ou les stars du Street Art, qui y trouvent des espaces pour expérimenter et souvent réaliser des œuvres inimaginables en centre ville. Tout un esprit de pionnier disparaît donc ; il n’y à qu’à constater comment l’art urbain parisien semble désormais cantonné aux seules galeries arty du Marais ou de Belleville, réservé à un public d’acheteur bobo bien documenté par des magazines type GraffitiMagazine, certes très bien fait, mais qui sert surtout à drainer un nouveau public d’acheteurs potentiels vers des vernissages où tout ce beau monde va pouvoir se retrouver et échanger les derniers potins mondains…

Marketing aux aguets

Une dérive commerciale que Banksy, Star parmi les stars du Street Art, avec une cote au plus haut (ce qui ne lui a pourtant rien fait perdre de son mordant) s’est employé à dénoncer avec brio dans son dernier film « Exit through the gift shop ». Littéralement le titre signifie « Sortie par la boutique souvenirs » mais fut traduit par « Faites le mur » sur l’affiche française, ce qui démontre déjà un processus d’affadissement du discours dans la stratégie de distribution en France… Voici la bande annonce, suivie de la courte présentation que Banksy a fait lire au directeur du Sundance Festival avant la projection :

X

X

« Essayer de faire un film qui donne vraiment le frisson brut et la puissance expressive de l’art est très difficile. Nous ne nous en sommes donc pas donné la peine. Au lieu de cela ceci est simplement un conte de la vie quotidienne, sur l’appât et le vandalisme stupide. Tout que vous êtes sur le point de voir est vrai, particulièrement les extraits où nous avons tous menti. Merci d’être venu, s’il vous plaît ne livrez pas la fin sur Twitter et n’essayez pas s’il vous plaît de copier n’importe quoi de ce truc à la maison. Attendez jusqu’à ce que vous alliez travailler ».

Banksy

Résistances artistiques versus séductions mercantiles

Avec la consécration de certains artistes dans les musées et en salle des ventes, avec une esthétique vite identifiable et désormais mise à toutes les sauces (publicité, mode, ce qui en général signe la fin d’un mouvement artistique), avec l’engouement de tout une population bien-pensante et de la profession de la Com qui récupère toutes les contre-cultures pour en faire des T-Shirts, des mugs, on se demande parfois comment l’esprit de rébellion initial ne s’est pas complètement évaporé de nos villes. Certains pionniers du pochoir dans les années 80 tel Mistic ont aujourd’hui succombé à la tentation publicitaire. Heureusement, cette récente frénésie autour du Street Art n’a pas gommé la motivation de nombreux artistes encore en activité et des futurs talents en devenir. C’est par exemple le cas de Artov-Popov, Marko 93 et Da Cruz, qui continuent à sévir humblement dans le périmètre du canal Saint-Martin (19ème), pour le plus grand plaisir des riverains.

Le bassin de la Villette au fil du temps

D’ancien spots disparaissent, d’autres apparaissent, mais les possibilités intramuros sont de plus en plus minces. Ainsi l’usine CPCU (Compagnie parisienne de chauffage urbain) a été démolie en début d’été 2011. La cheminée blanche qui servait de repère au quartier est tombée. Haute de 86 mètres, c’était un dernier témoignage de l’architecture industrielle du XXème siècle dans le quartier. Face au pont levant de la rue de Crimée se tenait un petit immeuble ancien d’habitation, dont la façade du rez-de-chaussée fut un bon spot du quartier. Il a également disparu mais vous retrouverez ci-dessous les photographies des fresques ainsi immortalisées.

Dacruz et ses masques-robots

Intervention de Dacruz sur le CPCU

Voici un diaporama où les œuvres de Da Cruz, omniprésentes dans la zone, sont bien représentée. Ses masques ethno-futuristes, souriants ou dubitatifs, semblent sortis d’un Paris 2012 digne de la Métropolis de Fritz Lang dans les années 30. Ils nous renvoient à l’automatisation progressive dans le fonctionnement de notre société, tout en réinventant une esthétique géométrique, colorée et métissée. Une sorte d’interface de notre époque post-industrielle, avec des emblèmes d’une culture multiethnique qui aurait adopté les androïdes high-tech et autres gadgets sympatoches du monde virtuel actuel. Des robots avec un bouton « j’aime » qui peuplent ces territoires en creux et en disent beaucoup sur le vide sentimental de notre modern way of life ! De nombreuse œuvres sont collectives, on reconnait des styles récurrents, Artov-Popov, Marko 93 et Da Cruz omniprésents…

Leur intervention artistique a donné une nouvelle identité au bassin de la Villette. Au point que des visites guidées, labellisées street art sont désormais organisées dans le quartier !

À découvrir in situ pendant qu’il encore temps…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

©Florent Hugoniot, rédaction et photographie

A propos lapartmanquante

Part-iciper, part-ager, part-faire, part-ir, partout et par ici !
Cet article, publié dans Street Art, est tagué , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour Street Art : résistances autour du bassin de la Villette

  1. lecridupeuple dit :

    Rue Ordener, dans le 18e, après le croisement avec Marx-Dormoy, en direction de la mairie du 18e, il reste un beau mur régulièrement graffé.

  2. ... dit :

    Très intéressant ces articles sur Ourcq et pyrennees, on pourrais mentionner le spot de l’ermitage et la piscine Molitor qui ont aussi disparu …

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s