Mediapolis, nouveaux médias et culture

Le futur des médias, pour quelle société numérique ?

Les réseaux sociaux : un nouvel outil de développement et de diffusion de la culture, matinée du 12 avril 2012

Yayoi Kusama, « Infinity Mirrored Room – Filled with the brilliance of life » : illustration de l’univers infini des RS ?

« Depuis plusieurs années, les réseaux sociaux ont considérablement évolué. D’abord destinés à la simple transmission d’informations, ces outils de communication sont devenus de véritables outils de partage. Diffusant de la musique, des films, des représentations théâtrales et bien d’autres encore, les réseaux sociaux sont aujourd’hui d’incroyables plateformes d’échange. Mais en quoi sont-ils un nouveau tremplin pour les artistes ainsi qu’un vecteur de transmission de la culture ? »

C’est avec ce constat que débutait ce jeudi matin le colloque sur les nouveaux médias organisé par l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelinnes au Palais de la découverte, Paris, 12 & 13 avril 2012.

Dans son introduction, Julien Rastegar, le modérateur de la table ronde (chargé des activités extérieures de l’association Science ouverte et journaliste animateur au sein de l’association Bar des Sciences Paris) soulignait l’origine du terme « réalité augmentée » qui vient du secteur médical (prothèses) et en est venu à traiter des « prothèses virtuelles » dans l’univers du numérique : des futures applications sur nos smartphones aux lunettes augmentées Google, déjà en prototype.

Le tour de table fut très intéressant, de haut niveau et riche d’expériences concrètes. Les intervenants sont arrivés à expliquer avec des mots simples – et sans trop d’anglicismes – les subtilités de ce qu’on appelle les RS, les réseaux sociaux. Par ordre d’intervention :

  • Nicolas Loubet, cofondateur et directeur associé de la société Umaps Communication, agence de services numériques qui s’adresse à tous les acteurs de la recherche et de l’innovation.
  • Marine Jouan, en charge de l’accompagnement des projets sur KissKissBankBank, plateforme de crowdfunding sur Internet.
  • Amylee, artiste Web 2.0, peintre et coloriste, « blogueuse et tweeteuse » assidue.
  • Nathalie Dreyfus, juriste et fondatrice du cabinet Dreyfus & associés, cabinet expert en matière d’Internet et de Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC).

Nicolas Loubet a pris la parole en premier, pour tout d’abord nous expliquer son activité à UMAPS (définir une stratégie numérique et une offre éditoriale, travailler sur le « contenu ») –  puis nous faire une analyse pertinente des deux majors des RS,  Facebook et plus partiellement Twitter. Facebook revendique désormais plus de 800 millions d’inscrits, record mondial absolu, et Twitter 500 millions à la fin du mois de février 2012 (le nombre d’utilisateurs de Twitter en France a plus que doublé sur l’année 2011, pour dépasser le seuil des 5 millions). Un phénomène mondial qui accompagne la révolutionanthropologique entrainée par les usages du Web.

Nicolas souligne le fait qu’il s’agit toujours d’accepter ce contrat tacite avec les RS : mettre des données personnelles en ligne.

Il propose tout d’abord de faire une recherche Google sur son propre nom pour définir son identité numérique actuelle, se prenant lui-même comme exemple afin de démontrer que dorénavant toute notre vie peut être archivée et lue par des milliers d’yeux inconnus…

Affiche du film « The Social Network » de David Fincher, avec Jesse Eisenberg.

« Rendre le monde plus ouvert »

Grâce au film The Social Network, on sait que Facebook est parti d’un projet de potache, un trombinoscope de Harvard mis en ligne par Mark Zuckerberg et quelques potes étudiants. Celui-ci a imaginé et lancé le 4 février 2004 thefacebook.com. Aujourd’hui c’est devenu un service public.

Déjà en 1997 fut créé ce qui fut le premier réseau social numérique moderne et préfigurant Facebook : sixdegrees.com. La première utilisation alors fut d’aller voir le profil personnel de ses amis/contacts, pour se renseigner mais aussi par voyeurisme, un réflexe toujours vivace en 2012. Chacun peut épier chacun, et surtout ses connaissances… Rendre public son profil sur les RS, c’est accepter l’espionnage soft. Bien sûr, on touche tout de suite avec Facebook à la protection des données personnelles, ce qui n’est pas une mince affaire. Nicolas Loubet fait donc constater judicieusement que Facebook commence son aventure par une communication et une identité visuelles (voir si la fille ou le garçon est sexy est toujours une info…) avec le choix de la photo de profil. Puis vient la description des centres d’intérêts, étape qui va constituer une « carte d’identité numérique » avec la participation volontaire de chacun. 

Participer et devenir acteur/auteur du quotidien

A partir de 2005 avec l’intégration du Web 2.0, une deuxième activité est apparue, le fil d’actualité, qui permet une ligne éditoriale perso. C’est donc toujours vous-même qui allez documenter jour après jour votre page. Arrive également la possibilité de créer des profils/groupes et de constituer des communautés. On arrive ici à la dimension visionnaire et positive (voire militante ?) de Mark Zuckerberg, qui n’a pour cette raison jamais voulu revendre – très cher – son bébé. Il veut permettre avec Facebook un échange, un partage d’informations qui peuvent aider à créer une nouvelle société, déstabiliser les archaïsmes et favoriser un monde plus démocratique. On pense ici aux révolutions arabes et aux milliers d’associations pour les droits de l’homme ou l’écologie qui communiquent via le Web, les mouvements de contestation politique (Occupy Wall Street, les Indignés) et toutes ces pétitions qui y trouvent aussi leurs signataires (Avaaz).

Quelle identité sur les RS ?

Facebook pose principalement cette problématique à chacun : Comment je me définis moi-même ? À qui je m’adresse ? Je me positionne par rapport à qui et à quoi ? Cela pose beaucoup de questions en terme d’identité, car oui j’ai déjà appris à différencier les sphères sociales dans ma vie réelle (famille, amis, milieu professionnel, activités et hobbies…), mais est-ce possible de recomposer cet organigramme virtuellement ?  Nous évoluons dans notre vie, au fil du temps, dans des espaces compartimentés qui vont pouvoir s’interconnecter grâce aux RS. S’inscrire sur l’un d’entre eux donne plus de visibilité à vos actes, vos pensées, vos goûts tandis qu’il devient délicat de fonctionner avec différents profils sur le Web, même si certains s’en sortent très bien (voir l’intervention d’Amylee). Connecter les différentes identités pour en faire une seule pose des questions de redéfinition personnelle, pouvant bousculer assez rapidement des certitudes et des constructions de l’ordre de l’intime (lire Comment on se facebookise, (dé)constructions de soi).

Avez-vous essayer de clôturer un compte Facebook afin de voir le chantage sentimental auquel se livre ce réseau (vos zamis FB vous aiment et ont besoin de vous en gros) ?… Et vos données personnelles sont conservées encore plusieurs mois, mais sont-elles ensuite réellement effacées ?

D’autre part il est intéressant de comparer les différentes utilisation des RS selon les pays et leurs particularité culturelles. Par exemple au Brésil, Orkut, un autre réseau social très fréquenté, est devenu en même temps une grande plateforme ouverte de drague). Une étude sociologique à grande échelle sur ces particularités géographiques révèlerait assurément des surprises !

Un livre à lire pour approfondir et comprendre certains mécanismes : « The Facebook effect » de David Kirkpatrick.

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« Allez au bout de vos idées, collectez des fonds pour réaliser vos projets ! »

Marine Jouan s’est d’abord positionnée sur un terrain plus sociologique. Elle explique le fonctionnement de KissKissBankBank, une structure de collecte présente avant tout sur le Web et pose la question : Comment faire participer les gens au financement d’un projet, avec des dons via le Net ? Elle ajoute que pourtant le financement participatif réussit un bon taux de succès (40%) par rapport à l’objectif et pour ce genre de démarche. Afin d’avoir le plus grand retour, différentes stratégies de communication sont avancées, du plus large (RS) au plus précis (envoi d’un mail personnalisé) : les mails perso ou collectifs ont plus de retours qu’un post Facebook. Même si différents niveaux d’action et de groupes sont définis, on est soit dans une relation directe, horizontale ou soit dans une amplification qui passe par des associations ou des blogs qui vont rediffuser l’information en fonction de la pertinence et de l’intérêt qu’ils accordent au projet. Il faut arriver à convaincre et trouver des relais. Et la visibilité numérique des projets est ici primordiale.

Une artiste Web 2.0

Amylee est une jeune artiste qui a trouvé le succès en partie grâce aux nouvelles technologies. Elle travaille « à plein temps depuis 2008 », depuis qu’elle expose en galerie. Très active sur sur le Web en général (elle a créé de nombreux comptes sous son pseudo sur Twitter, Facebook et Flickr, un site, un blog…) elle est venue nous parler de la relation entre l’artiste et les réseaux sociaux. Amylee est à la fois une jeune femme en chair et en os, un avatar, une marque, un nom d’artiste. Amylee est un personnage réel et imaginaire à la fois. Son nom sert de support à toute son activité, une signature mais aussi une interface symbolique dans sa relation au public et face à ses fans. La communication sur le Web n’en est plus à ses prémices, mais sous ces différents angles et avec une telle implication, Amylee est un cas rare en France. Tandis qu’aux USA et dans la culture anglo-saxonne, le plis est déjà bien pris avec comme exemple d’artistes 2.0 : Lori McNee, Rodney Pike (caricaturiste), Franck E. hollywood. On pense aussi et dans un autre registre à Lady Gaga, archétype de la superstar semi-virtuelle avec ses milliers de followers

Amylee Art Design@The_ArtyGirl :

Au fait, j’vous ai pas dit? J’ai un peu remanié mon site http://www.amyleeartdesign.com (my website relooking, enjoy)

Elle nous a livré une partie de sa stratégie com. Première étape, avant de poster des infos sur Facebook ou Twitter, il faut créer son espace perso virtuel. Un conseil important, essentiel même, différencier sa vie réelle des RS, même si on s’y implique beaucoup, séparer ses contacts privés de ceux publics ou professionnels. Amylee a ainsi créé deux profils Facebook, dont une avec son nom propre. Par contre elle y a ouvert une fan page et un groupe Amylee, afin de diversifier les plateformes de rencontre et d’information sur le Net. Cela continue aussi à lui faciliter la prospection : envoyer des catalogues, décrocher un projet artistique, organiser une expo (même si elle est désormais contactée par des galeries et des agences de pub) et vendre ses œuvres bien sur, restent ses priorités.

Amylee a commencé avec des blogs collectifs en 2005 puis a créé son blog en 2008. Vivant et attractif, un carrousel d’images par exemple anime la page d’accueil. Elle possède aussi un site Web plus statique, qui fonctionne comme une vitrine permanente, port-folio, moins interactif.

Un compte Youtube lui permet de montrer des vidéos de vernissages, ce qui met les visiteurs du Web en situation. Il existe même désormais une application Amylee sur Iphone, où on peut cette fois-ci mettre ses œuvres en situation, dans son séjour au dessus du canapé par exemple. Être une artiste web2.0 oblige à suivre les nouvelles tendances du numérique.

Mais Twitter reste l’outil qui lui permet de mieux communiquer sur le Net, avec des post réguliers et nombreux, « originaux » et susceptibles d’attirer l’attention. Avec ses presque 3 400 followers, Amylee utilise ce ton direct et friendly qui lui permet une interaction très forte avec les internautes. Elle parle de l’actualité artistique, elle « gazouille », donne des conseils, un travail quotidien qui nécessite organisation et disponibilité. Mais il faut avant tout être passionné par les RS et la communication virtuelle. Ainsi elle peint tout en étant connectée en permanence. Comme une pilote de grande ligne, un tableau de bord avec Outlook lui permet de réunir tous les e-mails sur une même interface. Car le travail n’est pas terminé une fois les annonces publiées, il faut aussi évaluer le retour des expo, effectuer une veille permanente afin de contrôler son image par le biais entre autre de Google Alertes (corriger les fausses infos, voire agir en cas de détournements ou d’utilisations abusives, lire plus bas l’intervention sur le volet juridique de Nathalie Dreyfus). Amylee entretient une visibilité constante qui peut ressembler pour certains à une hyperactivité alors que pour les geeks, ce rythme est tout à fait normal. Elle est donc sa meilleure attachée de presse, et par là prouve le fait qu’ un(e) artiste aujourd’hui se doit d’être pluridisciplinaire, créateur mais aussi chargé de sa propre com. Assurer sa propre promotion est devenu en 2012 un acte sophistiqué est souvent très chronophage. Elle-même continue à élargir sa communauté de fans, diffuser les évènements et donner envie de voir les expo, qui est la priorité. Le contact réel est quand même irremplaçable en bout de course, le Web étant avant tout un méta-outil de mise en relation et de diffusion d’info selon de multiples formes désormais.

Amylee utilise toujours la communication traditionnelle, en envoyant des cartons d’invitation « papier », physiquement par cette bonne vieille Poste. Inversement il existe désormais des galeries interactives comme  Behance, ultrabook, créabook, artmajeur, indiesart, bluecanvas… à retrouver sur son blog www.amylee.fr dans l’onglet webvitrines.

Une stratégie com qui a fait ses preuves et lui a permis de se professionnaliser en tant qu’artiste. Un exemple remarquable ! On peut voir actuellement ses toiles à la galerie Neel, à Paris et à Cannes.

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Nathalie Dreyfus est juriste et fondatrice du cabinet Dreyfus & associés pour les contentieux liés aux Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC). Cette intervention aurait pu être rébarbative, il n’en fut rien car les questions juridiques que la révolution numérique soulève traversent désormais toute notre société, avec par exemple ce nouveau concept de e-réputation. De même les dérives des RS permettent contrefaçon et non respect des données personnelles.

Cette dernière partie aurait pu être l’objet d’un billet en soi-même, mais elle se place logiquement ici par ordre d’intervention même si le développement est un peu long… Mais cet aspect juridique concernant les usages du Web vaut la peine d’être lu !

« Dès le moment où change le couplage support/message alors dans nos civilisation tout change » Michel Serres

Il faut premièrement savoir qu’il y a une grande liberté de publication sur les RS, mais inversement une absence de contrôle sur Facebook, Twitter, et Youtube par exemple. Les RS sont définis comme « services de la société de l’info » au sens juridique. Ce sont des « intermédiaires techniques » qui ne sont pas encadrés par une loi ; ils ont une responsabilité limitée et ne réagissent que s’ils sont alertés d’une atteinte, et pas toujours promptement (de quelques heures à quelques jours). Nathalie compare donc les RS à un flot d’information qui coule en permanence, comme un robinet d’eau sans un filtre véritablement efficace pour les droits. On peut imaginer qu’il n’y ait pas eu trop de mise à pied d’un point de vue législatif et juridique en général sur le Web pour continuer à favoriser le commerce électronique, en plein boom depuis quelques années.

Cependant les problèmes se renouvellent sans cesse avec l’accélération entrainée par les fichiers virtuels. Par exemple la qualité de définition des images numériques et des photos, vidéos, posent de nouveaux problèmes de vol, donc de propriété intellectuelle et de diffusion : les nouvelles technologies offrent cette possibilité de capturer sur le Web une photo et de l’imprimer avec une qualité qui approche voire égale un tirage original.

Droit d’auteur et propriété intellectuelle

Nous allons donc aborder ici le sujet des droits sur propriété intellectuelle, du copyright et des droits d’auteur. Il faut savoir que la France est un des pays les plus protecteurs en matière de droits d’auteurs qui entraînent un attribut financier et moral. Soulignons aussi au passage que grâce à l’exception culturelle, imposée par la mobilisation des artistes et de tout le milieu de la Culture, au Parlement européen durant les accords du GATT (1993-1994) qui initialement voulaient faire de toute œuvre uniquement un objet de spéculation marchande, se rapprochant ainsi du droit américain beaucoup plus laxiste. Un projet allant absolument contre l’intérêt des artistes et favorisant les diffuseurs.

A titre de rappel, le droit d’auteur comporte deux volets :

  • droits patrimoniaux de l’artiste (reproduction)
  • droits moraux (nom, diffusion) perpétuels, 70 après la mort de l’artiste

Les atteintes peuvent être de différents ordres :

  • Un achat de nom de domaine et une spéculation sur la propriété (User name repris ou réservé, anticipation sur le succès et la mode d’un terme, privatisation). Il s’agit donc d’une atteinte sur l’identification, la forme.
  • Une atteinte des droits à la propriété intellectuelle sur les RS (copie, reproduction)
  • Une atteinte aux données personnelles (vie privée, diffamation), les deux derniers exemples constituant des atteintes sur le fond.

Pour les acteurs de l’Internet, il y a eu une jurisprudence autour de Google qui autorise la neutralité voire la passivité le plus souvent : la Cour de justice (16 fev. 2012) a estimé que « les réseaux n’ont pas d’obligation de mettre un dispositif de filtrage ». Et il est facile sur les RS de porter atteint impunément à autrui car pas il n’y a pas de traçabilité, contrairement à un paiement bancaire. On peut effectivement s’inscrire sous un pseudo, une fausse identité…

Actions possibles suite à une atteinte

Pour le Web, le droit d’auteur est issu du droit réel et tente de s’appliquer au virtuel. Premièrement il est toujours plus judicieux (et efficace selon Amylee) de réagir à l’amiable afin faire supprimer une info négative sur Google par exemple, en contactant directement la personne par mail. Sinon il faut remplir un formulaire de signalement à destination du service contentieux du réseau, avec temps que cela prendra, et une décision de retrait ou non, qui n’a pas à être motivée, expliquée. Afin d’éviter au maximum les contentieux, les conditions générales d’utilisation des RS évoluent avec le temps. Ils sont donc difficile à suivre. Ils comportent cependant une clause de fonctionnement contraire au droit français : « Licence mondiale indéfinie et non exclusive, gratuite ». Poster du contenu sur Facebook n’en donne aucunement la maîtrise ; vos photos, à partir du moment où elles sont publiées sur votre profil, appartiennent en droit à Facebook Inc

Effet contre-productif d’une démarche judiciaire

Il faut savoir qu’une action en justice peut avoir effet de contre publicité, ou amplifier le problème. Par exemple Barbra Steisand exigeant le retrait de photos aériennes de sa villa, publiées sur le Web. Une action en justice crée un regain d’intérêt médiatique, surtout pour les célébrités. Et je n’ai eu aucun mal à trouver cette image ci-contre sur Google

En règle générale, la justice continue à fonctionner avec comme référent la loi informatique et libertés avec la création de la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des libertés) et qui date de… 1978 – donc bien avant la révolution du numérique – avec certes quelques modifications depuis. Cette loi reste aujourd’hui le pilier de la législation électronique, mais est-elle encore assez pertinente alors que le Web, à peine imaginable à l’époque, a tout fait exploser ?

Dès les années 70, les deux grands penseurs Gilles Deleuze et Jacques Derrida s’étaient intéressé de très près au concept de la dé-territorialisation d’un point de vue philosophique. On comprend bien que l’arrivée des nouvelles technologies du numérique, alors en passe de devenir grand public, a été et reste une véritable révolution de la pensée sous toutes ses formes.

Il y a aussi un problème d’interprétation des lois au niveau international (langues et droits différents). Quelle jurisprudence sera compétente pour un contentieux grave ? Du fait de la mondialisation orchestrée par les USA, c’est très souvent leur juridiction qui prévaut. Il est donc urgent et nécessaire de mettre en place des processus de règlementation des conflits au niveau mondial.

Solution médianes

Une solution pour mieux contrôler ses créations et publications vient de Creative Commons, avec la création de pictogrammes « droit au retrait et au repentir » à joindre à un fichier mis en ligne. Un autre exemple de limitation du droit de reproduction sur le Net arrive avec les nouveaux livres numériques qui peuvent être téléchargés 10 fois seulement sur un même compte. Enfin, un aspect intéressant du débat est le fameux droit à l’oubli numérique, un projet en cours de la Commission Européenne.

Débat en salle

Les questions posées par la salle à la fin du tour de table ont lancé des pistes pour le futur de la culture à l’ère du numérique, et surtout pour une adaptation générale de nos modes de fonctionnement. Même si Internet, selon Nicolas Loubet, modifie juste dans la forme les modes grégaires d’appartenance à un groupe et d’identification. Le Web permet cependant de recréer de nouveaux moyens de rencontre, en créant des communautés différentes, axées sur un sujet commun qui transgressent les différences socio-culturelles classiques. Il remet aussi au goût du jour la flânerie – virtuelle cette fois-ci – et le rôle du hasard dans une recherche, ou juste à l’occasion d’une ballade sur la toile, de lien en lien…

Mettre en place un environnement d’apprentissage du numérique comme on a appris à mieux décrypter le processus publicitaire permettrait sûrement de favoriser le sens critique vis à vis du tout virtuel et de ses dérives.

Quelle évolution dans le futur pour les RS ?

Pour Nicolas, on peut envisager trois axes : le développement de la rencontre sous le facteur du hasard (Chat roulette…) et la création de profils objets (devenir par exemple l’ami Facebook de la Joconde). Mais aussi l’arrivée en force de l’IA (Intelligence Artificielle) qui créera automatiquement une offre éditoriale en mixant différents contenus trouvés sur le Web, générera des articles en fonction de l’offre/demande. Pour quelle pertinence ? Que devient le journalisme d’investigation dans cette logique une fois de plus marchande ? Deviendrons-nous des robots se nourrissant de données fabriqués par des logarithmes, ceux-la mêmes qui font fonctionner les bourses en temps réel et déclenchent des actions automatiques d’achat ou de vente au millième de seconde. On a déjà vu que loin de réguler « automatiquement » le capitalisme financier – qui aimerait que sa seule logique glisse sans un seul grain de sable dans tous les rouages de la société – cette automatisation est devenue un facteur de déstabilisation du monde entier et a crée une crise économique dont il a bien du mal à se sortir… à méditer.

« Vous voulez rencontrer vos vrais voisins à nouveau ? »

Pour Marine, les RS permettent de développer des initiatives, et de créer du lien, de faire des rencontres au niveau local. Elle aime aborder elle aussi le Web comme une déambulation au hasard, un terrain d’aventure virtuel. Et si toute cette logique binaire a trop d’emprise sur vous, il est toujours possible de se dégager la Toile dévoreuse, en accomplissant un suicide rituel et virtuel en ligne grâce à suicidemachine.org !

Conclusion et ouverture sur le réel

Après toutes ces interventions riches et les questions que le débat que le numérique et le Web renouvellent sans cesse, on en finirait par se demander s’y a-t il une vie après Internet ?… On peut en douter à voir la frénésie avec laquelle certains intervenants (que je ne citerai pas) repartaient sur le terrain du Web dès leur présentation terminée ! Et le colloque était aussi en lien direct avec les internautes avec des questions tweettées sur un écran.

Mais le fait de se rencontrer « en vrai », de recevoir des informations et des expériences en direct live, d’échanger dans le cadre du débat permet tout simplement une présence à l’évènement et une concentration qu’il est impossible de retrouver sur la toile, à moins de s’être métamorphosé en pur esprit… Merci donc aux étudiants et aux intervenants pour nous avoir offert cette matinée extrêmement stimulante et parfaitement organisée.

Les enregistrements vidéos des conférences seront bientôt mis en ligne sur le site Mediapolis. Si vous souhaitez compléter d’un post, apporter précisions ou rectifications à cet exposé, n’hésitez pas, le champ des commentaires ci-dessous vous y invite !

Rédaction : Florent Hugoniot

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2 commentaires pour Mediapolis, nouveaux médias et culture

  1. Merci pour ce beau compte rendu !

  2. Ping : Découvertes du matin… entrain ! – www.nadinetilburg.fr

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