L’Apothéose du Bâtiment des Douanes de Pantin

Dans l’ancienne zone portuaire de Pantin, à quelques minutes seulement à pied du parc de La Villette, se dresse un impressionnant bâtiment désaffecté du début des années 30, un des derniers vestiges d’une activité économique révolue : l’ancien entrepôt de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Pantin (CCIP, ou encore le Bâtiment des Douanes), posé au bord de l’eau tel un navire en rade, le gardien tutélaire du bassin, un sphinx de béton, une carcasse de baleine gigantesque qui regarde à la fois le levant et le couchant.

Facilement repérable depuis qu’il s’est recouvert de couleurs vives, ce bâtiment massif s’élève sur 6 niveaux. Long de 100m, il se compose de deux parties identiques, reliées par des passerelles métalliques. Typique de l’architecture industrielle de l’entre-deux guerres – il fut construit en 1929 en béton armé très compact – son activité s’est éteinte depuis 10-15 ans. Traversé par d’énormes piliers porteurs, presque impossible à détruire, il est devenu le terrain de jeu des jeunes du quartier et d’ailleurs, en attendant longtemps une improbable réhabilitation.

Sculpture concrète street art

Mais c’est désormais officiel, il va être intégralement réaménagé à partir du printemps 2013, pour devenir un temple de la publicité, en accueillant plus de 700 employés d’une grande agence parisienne. Un nouveau signe, s’il en fallait, de la « normalisation » et de la métamorphose urbaine déjà bien avancée de cet ancien no man’s land, ayant eu longtemps mauvaise réputation. Car Pantin, anciennement très active dans l’approvisionnement de la capitale, a longtemps souffert du vide laissé par l’arrêt de ses anciennes industries et d’un manque d’identité. C’est désormais une période révolue, depuis que les architectures de verre de d’acier ont poussé alentour. Certaines accueillent des bureaux d’Hermès, les parfums Chanel s’installeront prochainement par ici et la BNP a déjà transformé et investi les anciens Grands Moulins de Pantin. L’arrivée de ces nouvelles activités soft à deux pas du Centre National de la Danse, ainsi que l’installation de nouveaux espaces d’exposition par la Galerie Thaddaeus Ropac à peine plus loin, vont certainement faire grimper en flèche le prix du mètre carré…

Mais goutons encore – luxe rare dans la métropole parisienne – la poésie de cet espace ouvert à toutes les projections. Je guettais à vélo, tel un mirage, l’apparition du mastodonte de béton après la courbe du canal. Symétrique, le bâtiment se duplique encore dans son reflet, et semble paradoxalement léviter au dessus du bassin spacieux. Symbole manifeste de l’organisation marchande, de l’ordre, d’autorité, de la monumentalité des métropoles et de leur désir de permanence, ce grand paquebot semble aussi s’extraire du passé et des limbes, comme le vaisseau fantôme du Hollandais volant. Abandonné sur la grande plateforme en macadam qui l’entoure tel un tarmac, il est prêt à décoller vers une autre réalité spatio-temporelle. Et en même temps, démesuré et imposant, il affirme son attachement au présent, définitivement amarré aux quais du bassin de Pantin. Son aspect totalitaire, massif et solitaire, comme échoué là, en même temps me saisissait et me fascinait. Avec ses coursives métalliques extérieures et ses grandes verrières, je l’imaginais réhabilité en immense cité artistique, avec des ateliers à perte de vue qui composeraient une ruche alternative bouillonnante. Mais il ne fut jamais réellement squatté, et ce n’est que l’aspect extérieur du CCIP qui s’est modifié, devenant un repère et une attraction pour les promeneurs.

Depuis longtemps que je passe sous son ombre, devant son reflet flamboyant certains soirs, je le vois se métamorphoser : dès sa désaffection, une nouvelle vie a commencé pour le Bâtiment des Douanes qui s’est recouvert de graffitis, de calligraphies furieuses, jusqu’à en être complètement garni sur ses 6 niveaux. Des graffeurs en herbe transformèrent aisément ses 41 000 m2 en un terrain d’expérimentation artistique, d’abord confidentiel et réservé aux plus aventureux. Puis l’info s’est propagée, et de nombreux crews sont venu y laisser leur trace. Comme une apothéose de cette époque déjà finissante, la décoration des façades extérieures a été officiellement confiée par Comité départemental du tourisme de Seine-Saint-Denis au trio de street artistes bien connu des alentours de La Villette : Artof Popof, Da Cruz et Marko 93. Désormais leurs fresques, avec de grands aplats colorés posés tels des pansements sur les dégradations du bâtiment, animent l’horizon du bassin et font du CCIP une joyeuse signalétique urbaine en plus d’un hommage géant au graffiti. Le paquebot multicolore est ainsi devenu un décor branché pour photographes et vidéastes.

« On est un peu urbanistes, on intervient sur des zones qui sont dans l’entre-deux, on participe au renouvellement, là où il n’y a pas de vie, pour y planter comme des graines.» Da Cruz

Voici une série de photos prises en l’espaces de plusieurs années, qui racontent cette mue monumentale. Un petit voyage dans le temps également, avant le grand ravalement courant 2013 qui fera disparaître les vestiges de cette période sauvage et belle !

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Florent Hugoniot

Pour continuer la visite, partir à la découverte des espaces intérieurs et du panorama sur le paquebot, escalader les barricades et grimper sur les échelles de service avec un drôle de quartet (en 2006), voici le lien sur Au cœur de l’abandon.

Sources : http://next.liberation.fr/arts/2012/08/27/pantin-un-immeuble-laisse-a-la-disposition-des-graffeurs_842065 ; http://www.tourisme93.com/document.php?pagendx=1003
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4 commentaires pour L’Apothéose du Bâtiment des Douanes de Pantin

  1. quandlm dit :

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  2. Johne728 dit :

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