Street art dans les Jardins d’Eole, Paris 19e

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Les jardins d’Éole, situés le long des voies de la gare de l’est, sont devenus à la fois un terrain de jeu pour la jeunesse multicolore des environs et un espace d’expression pour les artistes du street art. À la frontière des 18e et 19e arrondissements, voisine des tours du quartier Flandres, cette zone n’a pas bonne réputation (trafics en tout genre et gangs de cailleras) même si les choses changent doucement mais sûrement depuis quelques années avec l’arrivée du 104 dans les anciennes pompes funèbres municipales, la reconstruction de certaines ruelles voisines menant au Boulevard de La Chapelle – des alignements d’immeubles vétustes et sordides menaçant de s’écrouler – et le réaménagement de la ZAC Pajol, de l’autre côté des voies côté 18e. Et surtout ces nouveaux espaces verts, comme sortis de nulle part, qui se sont récemment intégrés dans le paysage de ce quartier très minéral, tout de bitume, de pierre, de béton et d’acier.

20121215-133158.jpgIl faut dire que les grands ensembles construits dans les années 50, 60 et 70, composés de barres et de tours et formant une cité-ghetto peu réjouissante à vivre, comme la proximité des gares de l’est et du nord ont laissé ces espaces à la marge, livrés à eux-même, dépourvus d’identité et de charme. Sans oublier le vent qui y souffle souvent en s’engouffrant sur les étendues de rails (d’où Les jardins d’Éole, en l’honneur du dieu grec du vent). Ce quartier cosmopolite et jeune vit encore comme coupé du reste de la capitale. Heureusement que les mamas africaines et les commerçants arabes apportent avec eux et dans les rues, la chaleur humaine qui a cruellement manqué aux projets architecturaux ayant successivement recomposé le quartier. Mais les dernières constructions semblent plus soucieuses de bien-être et d’intimité, puisque de taille moyenne, intégrant des courettes plantées de gazon qui répartissent la lumière diurne dans les appartements.

Comme l’écrit Éric Hazan dans « L’invention de Paris », l’horizon qui s’ouvre en direction de l’est, au niveau du pont Riquet pour les passants arrivant de Max Dormoy à l’ouest, est très impressionnant, et les tours éclairées parfois majestueusement par le couchant ressemblent à des sculptures de Malevitch, un jeu de construction pour enfants de géants, tandis que le ciel parisien retrouve toute sa profondeur. Un passage qui relie au cosmos :

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« Le paysage depuis la rue Riquet, là où elle passe en pont au-dessus des voies de l’Est, est pour moi un des plus beaux de Paris, circonférentiel, immense, vers la rue d’Aubervilliers et le bâtiment désaffecté des Pompes funèbres municipales construits par un émule attardé de Ledoux, vers les ateliers de réparations du matériel roulant des chemins de fer du Nord dont les toits en demi-cône emboités évoquent les écailles d’un reptile préhistorique. »

Éric Hazan, L’invention de Paris (il n’y a pas de pas perdus)

cours-du-maroc-19Un moment appelé Cours du Maroc (le Royaume chérifien aurait participé au financement de ce projet de réhabilitation urbaine), les nouveaux espaces verts, modernes et ouverts, et les terrains de jeu qui composent les Jardins d’Éole ont vite été adoptés par les habitants d’autant plus que le quartier manquait cruellement d’aires de détente. Cosmopolite et assez pauvre, la population du quartier est en grande partie d’origine immigrée, surtout africaine mais également asiatique vers le Marché de l’Olive. Faux clin d’œil aux Maghrébins, les rues de Tanger et du Maroc ont été baptisées ainsi bien avant l’installation de ceux-ci dans ce quartier du 19e, car les noms de ces rues datent de la période coloniale.

Désormais, pour le plaisir des enfants de toutes les communautés, les terrains de foot, de hand-ball et de basket se succèdent dans les Jardins d’Éole, délimités par des murs de béton vierges, supports idéals pour les graffeurs. Da Cruz et Marko 93, déjà très actifs dans le quartier – lire Résistances autour du bassin de La Villette – ont investi une des façades avec un dragon (voir la photographie ci-dessus, en intro, le Dragon d’Eau 2012 du le calendrier astrologique chinois ? ) tandis qu’Orion, Ment & Big et Ninon Klash & DJ Reys ont adouci le décor avec de séduisantes créatures féminines hyper colorées. Voici une galerie photo qui permet de voir différentes étapes de ces murs peints, en passant par des médaillons abstraits et des calligraphies assez convenues, jusqu’aux fresques plus ambitieuses qui recouvrent actuellement la plupart des façades. Le tout au milieu de dribles, de passes, de shoot et de paniers endiablés, rythmés par une drôle d’équipe multi-ethnique !

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X

Cet été il était aussi possible, en plus d’assister à la réalisation de certaines fresques, de pratiquer ses gammes sur un piano un peu destroy et aguicheur (« Play me I’m Yours », Joue-moi je suis à toi), déposé sur le sol à l’une des entrées du parc, et laissé à la disposition du public. Puis en novembre a eu lieu aux Jardins d’Éole et alentour une manifestation artistique pertinente et courageuse, un laboratoire d’expressions urbaines, pluridisciplinaires et métissées : Ô ! Le XXIe Cycle / prélavages sur le thème de la grande lessive, une thématique universelle, transcendant les différentes cultures et ici tout à sa place dans ce quartier en cours de lifting architectural et paysager.

« Ô ! Le XXI° Cycle ! a pour vocation de faire tourner la langue au cœur de la cité comme le linge tourne au cœur de la machine et le monde au cœur de chacun : un projet innovant et participatif où les corps, les sons et les images composent une partition poétique et politique. Leur objectif est de redonner corps au vivre ensemble en orchestrant citoyenneté et création dans un constant rapport entre l’individu et le collectif, le privé et le public, participant ainsi du maillage territorial. »

Montage-XXI_Cycle_08-300x212Ce premier évènement artistique a investi différents espaces publics tel un lavomatique ainsi que des terrains vagues, des cafés, des immeubles en construction, avec des performances, de la musique, de la poésie, des expositions et des interventions plastiques in situ. Il sera suivi par « Les Rendez-vous de l’Ô », chaque 21 du mois à dater de janvier 2013 dans une laverie environnante des Jardins d’Éole et de « Ô ! Grand Essorage » du 27 au 30 juin 2013. À suivre !

Florent Hugoniot

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