Ballade chez les vivants et les morts à Zacatecas

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Finalement, c’est tout seul que je décidais d’aller au panteón de Zacatecas. Ce jour des morts, día de muertos, célébré ici comme dans tout le Mexique avec plus ou moins de faste, s’annonçait splendide : un ciel bleu outremer peuplé de nuages moutonnants sur lesquels les anges pouvaient à loisir observer les vivants en faisant des galipettes ! O. m’avait bien proposé de faire cette visite au cimetière avec moi, mais cet après-midi de Toussaint, Todos los Santos, il m’avait encore fait faux bond…

DSC03835À Zacatecas, deux panteónes se font face, le populaire et le bourgeois. On m’avait vivement conseillé le cimetière populaire, bien plus animé et fleuri. J’ai pris le bus indiqué et, avant d’arriver devant l’entrée, je passais par le marché des morts le long de l’avenue, dans lequel on peut acheter toutes sortes de fleurs, dont les plus utilisées traditionnellement au Mexique sont les Cempasúchil (gros œillets d’Inde jaune-orangés) et les « Crêtes de coq » pourpres, vendus au kilo.

Beaucoup de monde dans les allées du marché en plein air, faisant des achats, mangeant et buvant avant ou après être allé visiter cimetière situé sur une butte et disposant d’une belle vue panoramique. Un fois dans l’enceinte, je me suis laissé guidé par mon feeling tout en découvrant les différentes parties du panteón. Je me fondais parfois dans les vagues des groupes qui se déplaçaient, les bras chargés de bouquets, d’arrosoir et de glacières ; ou j’empruntais des chemins de traverse à la recherche de jolis points de vue. Comme à Puebla (lire Todos L’OS muertos), beaucoup de gens viennent visiter les tombes, décorées avec des compositions florales, des dessins de pétales au sol, parfois agrémentées de petites hélices colorées qui tournent dans le vent. Les familles dînent avec le souvenir de leurs disparus, et quelquefois appellent un groupe de Mariachis pour jouer un ou deux morceau de musique en l’honneur d’un ancêtre, d’un proche, d’un enfant mort prématurément… Une atmosphère légère, un peu de pathos mais beaucoup de divertissement et d’application à rendre un bel hommage à ses morts.

Un peu déçu au départ de faire cette ballade seul, je me distrayais rapidement en prenant quelques photos, en m’imprégnant de cette atmosphère si particulière, si différente de ce que nous connaissons en France comme la Toussaint : là-bas du gris du gris et des silences pesants, tellement loin d’ici, de la décoration multicolore des cimetières et du plaisir de se retrouver entre proches, de discuter et de cotorear (qui est un mot mexicain que j’adore et qui veut dire à la fois parler, échanger, boire, manger…).

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Pendant que chacun vaquait à ses occupation, le Christ, impassible, bénissait cette marée de cumulus qui traversait le ciel. J’oubliais que mon amour pour O. était déjà mort-né, je l’enterrais également sous ces brassées de fleurs amenées par d’autres mains, d’autres cœurs…

DSC03821En sortant, je fis rapidement un tour dans le panteón bourgeois, un peu plus loin, Effectivement ici ce n’était qu’un désert en comparaison du premier, il ressemblait plus à un cimetière français ancien, avec des mausolées en pierre de taille et des allées droites. Je ne traînais pas et allais manger quelques gorditas dans le marché avant de repartir, des images pleins les yeux et le cœur soulagé, aéré et plus lucide.

Florent Hugoniot

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2 commentaires pour Ballade chez les vivants et les morts à Zacatecas

  1. Manu Louis A dit :

    beau cet article, je ne sais pas qui est ton O mais moi je suis allé voir O Dubois hier soir pour un spectacle de danse appelé « Souls » qui traite de la mort en Afrique, c’était beau et poétique mais pas aussi joyeux. Et c’était axé sur la nuit alors que le tien est baigné de soleil. !Buen cotorreo mi amigo!

  2. O, c’est un peu comme l’histoire d’O en plus sec..

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