Dans la ville folle : carnaval zoque au Chiapas (2)

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Sur le conseil d’un petit groupe de Français entièrement recouverts de talc et croisés dans une posada de San Cristobal de las Casas, nous decidons, Sina et moi, d’aller le lendemain à Coita. Ils en reviennent enthousiates, l’accueil a été génial, et le carnaval y dure encore quelques jours.

DSC03142Pas rassasiés par Tenejapa, nous prenons donc le bus le dimanche matin et arrivons à Coita, à quelques encablures de Tuxla Guiterrez. Le carnaval zoque de Coïta (du nom du groupe culturel du Chiapas) dure entre 3 et 5 jours, et n’est pas connu des parcours touristiques internationaux ; mais beaucoup de mexicains se déplacent pour participer et jouir des festivités. Un photographe suisse, installé depuis des années à San Cristobal, m’en avait parlé, disant qu’il ne fallait pas louper cette débauche de costumes, haute en couleurs. C’est pour lui l’occasion de faire de beaux clichés, il ferme d’ailleurs boutique toute la durée du carnaval de Coita. Celui-ci est vraiment exceptionnel : avec ses dizaines de parachicos, des groupes de quatre ou cinq danseurs masqués et déguisés selon un thème commun, faisant les pîtres et parcourant les rues avec leurs grands chapeaux enrubannés et fleuris, ou juste recouverts d’un foulard multicolore.

C’est déjà la bonne ambiance dans les rues, beaucoup d’enfants s’amusent et la plupart des adultes sont déjà à la bière, à cette heure matinale. On croise quelques personnages costumés, exclusivement des hommes, ici aussi semble-t-il. Cette fois-ci, nous sommes sûrs de faire une belle récoltes d’images. La foule va s’intensifiant dans la ville, assez grande mais sans grand intérêt architectural, avec des débits de boisson tous les 10m. Assez rapidement on se fait accoster, les deux seuls européens bien repérables ! On se pose un moment dans un bar de rue improvisé, recouvert d’un toit en tôle ondulée, avec une piste de danse sur laquelle des rangées de jeunes, de vieux, de déguisés ou pas, tournent et défilent sur des rythmes de musique traditionnelle et de cumbia. Un gros bonhomme vaguement déguisé en luchador et ses potes nous invitent à boire un verre, espérant qu’on leur payera des tournées, puis il m’offre son masque rose en bois typique du Chiapas, à l’image des conquistadores espagnols, blonds et moustachus.

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Je remarque une pièce discrète à côté de la piste de danse, dans laquelle des parachicos viennent se faire bénir selon un synchrétisme catholique et traditionnel du Chiapas. L’officiant fait un limpiaje (nettoyage) spirituel avec des branchages, autour des danseurs.

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Un tourbillon multicolore d’eau, de talc et de bière

Puis nous changeons de quartier, accompagnés d’un abuelito (grand pére) discret et d’un amoureux éconduit qui brûle les derniers feux de son amour durant le carnaval. Nous croisons pas mal de gens le visage recouvert de masques de Lucha libre (catch mexicain, voir Estupando lucha libre ! ). Tous veulent être photographiés avec Sina, avec force sourires et blagues. Dans le deuxième bar dancing, l’ambiance finit par retomber un peu et nous remontons vers le zócalo ou se déroule une dantesque bataille d’eau, sans avoir été copieusement et recopieusement barbouillés de talc au passage.

DSC03051Là, nous assistons à une mise en scène plus savante et chorégraphiée, avec des guerriers aux longs sabres ensanglantés affrontant un cheval blanc enchaînant ruade sur ruade. Il finira par être sacrifié, signant la supériorité de l’humanité sur l’animalité. La tradition veut que pendant toute la durée du carnaval de Coita, des duels se succédent entre des personnages mythiques, conquistadores, et différents animaux comme le jaguar, le léopard, le tigre, le cheval, le taureau, le porc, etc… Les combats et processions sont bien réglés avec chaque jour, chaque moment, un ordre d’apparition. Le carnaval étant un moment d’inversion des rôles et de transgression, on peut imaginer la joie des indiens indigènes – dont la population est toujours très forte au Chiapas – de se travestir et de tourner en dérision les oppresseurs espagnols avec leurs masques, costumes et coutumes ! Car le carnaval tel qu’on peut le voir au mexique est avant tout une importation culturelle espagnole.

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Le soleil couchant nous permet de faire de bons clichés sur la place du zócalo, où se sont succédés une profusion de parachicos, puis devant une église plus bas. Nous assistons au départ de la danse du léopard, accompagné d’un public nombreux et discipliné, comme une grande procession, juste avant de reprendre le bus pour San Cristobal. On repart exténués mais riches de nouvelles rencontres et de fulgurances colorées, ennivrés de masques et de visages !

Florent Hugoniot

Voici une large sélection de plus d’une centaine de photos.

Régalez-vous et merci de respecter le copyright !

Photo©Florent Hugoniot

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