D’un mot à l’autre – la parole transposée

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« Je respire ton nom » – graffiti – Colotlán, Jalisco, Mexique

Deterritorialisation et dépaysements

Je me pose souvent cette question, à savoir si le fait de vivre et parler – voire imaginer, conceptualiser, rêver – au quotidien avec une autre langue, l’español, ou plutôt le mexicano, que ma langue maternelle, le français, a quelque chose à voir avec une nouvelle manière de fonctionner, d’avancer dans ma vie.

Changer de mots courants change-t-il la pensée, les sentiments, le mode de fonctionnement intellectuel ? Tout comme ma réalité environnante, mes centres d’intérêt se sont-ils métamorphosés. Me suis-je globalement réorienté ?

Voyager c’est aller à la rencontre de soi

Or je me retrouve un peu dans une situation semblable à mon enfance, quand, vivant et grandissant en Mauritanie j’évoluais dans un univers parallèle de celui de mes cousins et cousines de métropole, loin de Claude François et de Giscard d’Estaing…

Afrique-Amérique : nomadismes

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Jeune Imraguen – Parc National du banc d’Arguin, Mauritanie – Photo Cécile Lamour

La Mauritanie est aussi une terre de croisements et de métissages, puisqu’elle a toujours constitué un point de  passage entre l’Afrique du Nord et l’Afrique noire (subsaharienne). C’est une mosaïque de peuples, avec les Peuls (pasteurs sahéliens couleur caramel), les Wolofs et les Soninkés (ou encore Toucouleurs), négro-Africains mixtes et majoritaires, peuples ruraux du fleuve Sénégal de tradition animiste, et les Maures du Sahara, peuples de seigneurs constitués d’Arabo-Berbères fiers et farouchement indépendants, barbares raffinés, trafiquants et propriétaires à peine repentis d’esclaves noirs et de Haratins (dits « maures noirs », anciens esclaves). Et puis les Imraguens, peuples pêcheurs noirs dont le territoire immense se perd derrière la ligne d’horizon de l’Atlantique…

Mais autant l’environnement pouvait paraître plus exotique dans un pays quasi totalement désertique, avec une culture islamique imprimée de longue date sur les population natives, autant le français, la France, restaient mes premiers référents culturels. Et je suis parti de Mauritanie à l’âge où justement j’étais susceptible de m’intéresser à l’arabe, parlé majoritairement, quoique le français y demeura vivace. D’ailleurs son usage continue à se développer dans toute l’Afrique francophone, longtemps après les invasions coloniales et l’obligation officielle, administrative de l’usage de la langue des conquérants (lire Francophonies).

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Désert de Chihuahua – Mexique 2015

Mon expatriation au Mexique est tout d’abord un choix personnel, et le fait que ce pays ne soit pas entré dans la sphère de domination francophone durant l’aventure coloniale du XIXe siècle est un facteur qui me met à l’abri de demandes de justifications de la part des habitants (comme ce fut parfois le cas au Congo-Brazzaville) d’un passé colonial que je laisse à l’histoire et à ma patrie.

Le Mexique est resté indépendant, malgré l’expédition mexicaine, une tentative ratée d’occupation du pays alors en plein désordre, par les troupes françaises à la fin du XIXe siècle, et dont la ville de Puebla fut l’enjeu et l’épicentre sanglant. Une parenthèse historique et symbolique pour les Mexicains, qui va du début de l’aventure en 1862 à la fin de l’expédition impériale en 1867, avec la Toma de Puebla, la débâcle et l’exécution de Maximilien, lâché par la France du Second Empire et par son cousin Louis Napoléon III.

Postmodernismes

on est pas la pour etre iciMême si l’histoire est toujours passionnante et riche d’enseignement, je m’en tiendrai à mon expérience propre, et à l’époque contemporaine. Pour en revenir au concept de déterritorialisation, je m’appuierai sur la pensée de Deleuze, porte-parole génial du postmodernisme pour certains, chantre de la perte d’identité, du néolibéralisme et de la mondialisation pour d’autres :

“En nette rupture avec la métaphysique traditionnelle qui pensait le sujet humain en terme d’un Moi hypostasié, stable, rationnel, identique à soi, conscient de soi, autonome et assigné à un lieu ou une « Polis » aux normes circonscrites, Gilles Deleuze, sous le prisme conceptuel de la « Géophilosophie » repense la condition destinale de l’homme d’une manière nouvelle. S’adossant sur les catégories nietzschéennes du tragique et du dionysiaque, Deleuze tente de défonder le sujet rationnel chéri par la philosophie classique pour soutenir l’idée d’un sujet irrationnel, esthétisant, déshistorisé, délocalisé, mobile, flexible, plurielle, décentré, nourrit à la sève d’une identité « rhizomique » et ouvert aux flux du monde.

Dans la mesure où les flux sont toujours aléatoires et mutants et que le décentrement nie toute identité stable ou tout lieu d’assignation, Deleuze esquisse une véritable politique de l’hybridisme, du nomadisme, l’errance et de l’exil qui valorise à chaque fois les « lignes de fuites » comme principe de la « déterritorialisation ». Que signifie déterritorialiser sinon « faire passer des flux à l’état libre sur un corps sans organe désocialisé ».

Arrachant le sujet humain des cadres institutionnels rigides et des pouvoirs étatiques établis, Deleuze entend émanciper celui-ci de tous les « codes » pour laisser s’exprimer en lui les désirs décodés. Il s’agit donc d’une libération du désir comme « processus schizophrénique ».

Pour Deleuze, le devenir universel, c’est-à-dire l’Histoire a pour fin « la production désirante dans sa libération à l’égard de la production sociale ». C’est donc le désir qui est déterritorialisant.”

http://www.ajol.info/index.php/ad/article/view/70215

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Zacatecas, arc-en-ciel sur el cerro de la Bufa – Mexique 2014

Continents de mots, îles et archipels

La beauté des mots m’appelle, qu’ils soient en français, en español ou en english. Ils possèdent cette lumière, cette éloquence intérieure qui poussent les poètes à les assembler selon une certain musicalité, une logique, une vérité qui est propre à cette expression artistique et littéraire, et particulière à chacun. Un mot nouveau, c’est comme une nouvelle espèce végétale, la découverte d’une pépite au fond du ruisseau. Alors imaginez ma richesse, avec l’ajout à mon lexique courant de tous ces mots espagnols, dont certains typiquement mexicains !

Car la culture hispanique fut rapidement florissante dans cette Nouvelle Espagne, au point de créer des variantes, de donner une version plus baroque encore, florecida, inventive et plus subversive que l’originale, et qui exprime un humour purement mexicain, aux connotions sexuelles : el doble sentido.

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« Si tu veux, tu peux, seulement oublie ces prétextes à la con. »

Parfois je ne peux m’empêcher d’isoler, de regarder et d’analyser un mot, une formule comme une bête curieuse, un vestige archéologique ou un objet et un microcosme culturel, de le prononcer plusieurs fois à voix haute pour en mesurer la musicalité. À cet égard, ma petite manie m’aura bien aidé dans l’apprentissage de l’espagnol, puisque derrière deux orthographes que rien ne rassemble en apparence, on retrouve aisément, grâce à l’oral, aux sons et aux phonèmes, la signification d’un mot ; d’autant plus quand la racine linguistique commune, ici latine, se dévoile et fait naître tout un champs de significations, des échos et des sens secondaires, tertiaires, des renvois vers l’italien, le portugais, mais aussi vers l’anglo-américain.

Inversement, je me retrouve face à un vocabulaire qui n’est pas en adéquation avec mes racines culturelles, avec toute l’élaboration intellectuelle permise par le français, à une structuration du mental, à cet esprit cartésien typiquement français : jeux de mots, analogies, sens critique, nuances surtout. Or, de moins en moins en phase avec mon lexique familier, j’ai pourtant l’impression de m’être recentré ! D’où l’importance du décentrement, des marges et du recul, nécessaires pour avoir un regard plus large sur soi même, sur ses semblables, et accepter les différences des autres.

Ces mots qui nous traversent, nous transpercent

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Drapeau mexicano-français – Zacatecas

Lorsque j’écoute FIP Radio, France Inter ou que je lis la presse française en ligne – ah cette magie d’Internet qui permet d’être ici et partout à la fois, parfois même nulle part – je bascule dans le contexte social actuellement lourd de mon pays d’origine, obscur et contrarié : l’extrême-droitisation de la société française et sa crise d’identité. Je replonge également dans mes pensées parisiennes, labyrinthiques et vaines. Oui, je me sens parfois plus près de la déprime et de l’impuissance en réfléchissant en français, pourquoi ?

Alors que j’éprouve davantage, ici au Mexique, le besoin d’actions constructives, d’avoir des réflexions et des avis plus tranchés, des positions plus franches et directes, en m’exprimant en l’español… Bien sûr, le contexte n’est pas innocent, plus léger et inconsistant ici, plus réducteur et stigmatisant là-bas. J’apprécie le fait qu’on ne se sente pas perpétuellement jugé par les Mexicains, ni remis à sa place, rangé dans une catégorie socio-culturelle comme c’est souvent le cas en France.

La solidarité à la française, j’ai testé et vu la différence avec d’autres sociétés : africaines, mexicaines, parfois évoluant dans des conditions extrêmement difficiles mais pourtant bien plus attentives à l’autre, ne se protégeant pas avec de jolies devises poétique et idéale, liberté-égalité-fraternité. Au contraire, chacun y est attentif au moins à son voisin, aux collègues, au cousin, à celui ou celle qui fait partie de votre environnement proche et pour lequel les modes de fonctionnement capitaliste, concurrence et ignorance, n’ont pas encore effacé la trace.

Premier intérêt de l’éloignement : Je peux ici me libérer de ambiance pesante de là-bas : Mon expatriation est un choix conscient, même si l’on n’est rarement totalement maître de ses décisions. La censure qui se met en place en France par exemple, avec la Loi Renseignement me glace et parfois je m’insurge de tant d’apathie de la part de mes concitoyens. Et pourtant, c’est exactement le même genre de laisser aller et de fatalisme que je retrouve au Mexique, avec le peu de combativité de la majorité des Mexicains face aux agissement criminels de l’État et du gouvernement de Piña Nieto, notamment lorsqu’on évoque le cas des 43 normalistes disparus d’Ayotzinapa.

ayotzinapaUne pétition initiée par des étudiants mexicains en France est d’ailleurs en train de tourner sur les réseaux sociaux, pour demander l’annulation du voyage officiel du Président mexicain à Paris, à l’occasion des célébrations du 14 juillet. Quand on constate les agissements autoritaires et antidémocratiques du gouvernement de Manuel Valls et le cynisme calculateur de François Hollande, aucun doute que Piña Nieto sera accueilli en grandes pompes, tel un démocrate modèle digne de figurer aux côtés de Netanyahou, Merkel et Bongo dans une manifestation d’initiative populaire pour la liberté d’expression, complètement récupérée par les pouvoirs politiques, militaires et financiers pour se légitimiser, un certain 11 janvier 2015…

Que broma, quelle (mauvaise) blague !!

Cependant, 25 ans de pratique personnelle dans une société française sclérosée, au fonctionnement cynique et appauvri, et mon choix de l’expatriation s’est imposé pour des raisons humaines et culturelles bien plus qu’économiques. Je préfère retrouver désormais la France avec les yeux neufs et émerveillés du touriste, ou du petit toubab qui apprend à connaître ses racines si exotiques.

Et je repense à mon sujet pour l’oral du bac de français, sorti par l’heureux hasard des petits papiers : « Comment peut-on être Persan ? » des Lettres persanes de Montesquieu. Quelle délectation ce fut pour moi, de jongler avec mes deux expériences, africaines et françaises !

L’inconscient apaisé

aliceLa psychanalyse, ici encore, peut me venir en aide. Que représente l’español pour moi ? Comment a-t-il pu m’aider dans l’affranchissement des codes familiaux, du patriarcat ? Je revois mes premiers apprentissages en solo dans la voiture de mon père, avec une cassette que je glissais dans le lecteur, flottant dans la limpidité de ces après-midi d’été en Provence, à l’écart d’un présent lourd de non-dits, du deuil bâclé de ma mère, les oreilles tendues vers le futur avec cette intuition que la langue de Cervantes allait être un facteur de changement important dans ma vie, un outil décisif même. Une échappée.

Maman-l’Afrique, papa-la France, ou inversement… Et moi-le Mexique ?… Puede ser, possible, mais ce n’est plus sur ce terrain que je m’avance désormais.

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 Enseignements et transmissions

Certains mots nous lient, d’autres nous délient, nous libèrent de nous-même. La Magie du Verbe est bien réelle, pourtant ma psy parisienne m’avait mis en garde : ce n’est pas en changeant de langue qu’on change de problématiques, seulement de paradigme, et que les circuits internes sont réinitialisés. Vaines sont les stratégies de fuite. Effectivement, en français ou en español, mon discours reste le même, peut-être un peu plus sûr de lui ici, où est-ce juste une forme de maturité ?

Partir c’est mourir un peu (pour renaitre encore)

Certainement, mon expérience de professeur de français, langue étrangère (FLE) m’a aidé à me structurer personnellement : objectifs pragmatiques, éléments sociolinguistiques, articulation des discours écrits et parlés… Je m’applique à moi-même et à mes articles les b-a-ba de l’enseignement du FLE que je délivre à mes élèves. Respect des tournures et utilisations de locutions, métaphores, argumentation, logique, exemples, ponctuation, fluidité, rythme, musicalité…

Les sauts spacio-culturels peuvent être déstabilisants, voire douloureux, casser certains schémas profonds, les contrarier. En parallèle, ce sont des écarts extrêmement constructifs, qui libèrent tout un champ de possibles, la marge redeviennent des terrain d’expérimentation. Au final, se confronter à des réalités autres fait mûrir, oui, absolument ! Il parait, selon des études scientifiques tout à fait sérieuses, que la pratique de plusieurs idiomes, en mettant à l’épreuve certaines parties en sommeil du mental, le renforce, le réorganise dans son intégralité et le fluidifie tout à la fois. Le QI s’en trouve rafraîchi tandis que des connexions se font et se défont, des nœuds se dénouent…

Paroles en or, paroles en l’air et silences inestimables

Pas forcément valorisant ni positif, en tant que ressortissant français, de suivre l’actualité vue de l’Hexagone. Les termes comme racisme, antisémitisme y sont très présents, renvoyant à une histoire et des abîmes glaçants. Un visage grinçant de la société française qui n’a plus rien à voir avec celui, plus avenant, du Mexique. En revanche, la corruption y est malheureusement endémique, et la presse nationale apporte quotidiennement son lot de disparus, torturés, étudiants et communautés indiennes bâillonnés. Le manque de civisme, l’individualisme, l’hypocrisie et le je-m’en-foutisme, la vacuité de la parole donnée sont ici monnaie courante. Paternalisme, autoritarisme, élitisme voire machisme sont des travers partagés, et également pratiqués d’une rive à l’autre de l’Atlantique, avec des intensités et des nuances saisissantes : plus retords et institutionnalisés en France, plus violents et secrets au Mexique…

Maria Candelaria - María Candelaria (Xochimilco) - 1943 - Fotografiada por Gabriel Figueroa

María Candelaria (Xochimilco) – Fotografiada por Gabriel Figueroa

Pourtant, chaleur humaine, curiosité, sensualité, fatalité aussi, me viennent spontanément à l’esprit dans ce pays gigantesque et pluriel. Moment présent et légèreté plutôt que ressentiment et conventions pesantes. Les blocages y sont différents, mais l’avenir semble toujours plus ouvert en Amérique. Peut-être à cause de ses ciels immenses, magnifiques qui planent au dessus des peuples et des déserts… Ceux du Mexique, et de Zacatecas sont particulièrement impressionnants, mythiques. Ces cieux, rendus à leur éternité impassible, implacable dans les films de la période d’or du cinéma mexicain des années 50-60, dans laquelle on retient surtout Gabriel Figueroa directeur de la photographie à la filmographie impressionnante (par exemple María Candelaria, film mexicain d’Emilio Fernandez, qui remporta la Palme d’or au festival de Cannes en 1946, ou encore Los Olvidados, réalisé par Luis Buñuel en 1950).

Mais aussi persiste ce sentiment qu’ici, les regards sont plus tournés vers le futur que le passé. Et lorsque je commence à me braquer sur un sujet sensible de la société mexicaine, le manque de précision généralisé, un rendez-vous foireux, et que je vois mon interlocuteur mexicain se taire et se fermer, sourire, se moquer voire s’interroger intérieurement sur le pourquoi de tant de violence verbale, d’impatience, alors je repense aux silences et à la sagesse des Africains.

Cabillo Villegas - cielo de zacatecas

Cielo de Zacatecas – Photo Cabillo Villegas

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Un société fragmentée, en recomposition constante

Ces ambivalences ne sont que des impressions peut-être… Car si le rapport au temps est bouleversé au Mexique (il y a un futur, mais demain n’existe pas), celui aux événements et au calendrier est complètement chamboulé ! Les Mexicains ne semblent pas avoir de suite dans les idées, agissant selon l’impulsion du moment : ce qui est dit un jour est oublié le lendemain, la parole donnée la veille s’est déjà effacée, sans aucun scrupule. Combien de projets de sorties de week-ends se sont cancelés (annulés) par manque d’organisation ou tout simplement parce que subitement, tout le monde avait disparu en rase campagne, les celulares (portables) tous feux éteints !

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« S’il te plait, ne te sens pas si spéciale, tu n’es pas la première que j’envoie chier. »

Un rendez-vous ne vaut rien ou pas grand chose, un lapin ou dix décalages sont possibles avec les smartphones, quand ceux-ci ne sont pas oubliés, déchargés, sans solde… Pas de régularité non plus dans la plupart des relations amicales, une retrouvaille se fera au coup par coup, au hasard des itinéraires urbains. Dans ces brassage d’identités morcelées, le hasard, la destinée, l’air du temps, l’impulsion sont des facteurs clefs.

Et bien sûr, ici aussi ce dicton s’applique : Loin des yeux, loin du coeur.

Le phénomène de groupe reste important : les latinos sont les rois des décisions qui traînent en longueur puis se finalisent (ou pas), se concrétisent en deux temps trois mouvements, tel un coup de tonnerre dont la déflagration est connue des seuls initiés, et se répandra à la vitesse de l’éclair ! Prévoir au Mexique est un tue-l’amitié semble-t-il.

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« Votez pour moi – Demain, rien à péter de vous »

Car la société mexicaine vit en fait presque exclusivement dans le présent, dans l’oubli, voire dans l’occultation de son passé, sans pouvoir se projeter autrement que dans un futur indifférencié, américain donc postmoderne et dépersonnalisé. Où sont donc passées ses racines indiennes ? Dans les musées, dans les régions retranchées du pays : communautés mayas, Indiens du Chiapas, Oaxaqueños, Huicholes, Raramuris, sont en réalité opprimés, écrasés, méprisés. Le blanc occidental reste le gendre idéal, le symbole du pouvoir et de la réussite sociale, et, vestige colonial, impose d’autorité respect et admiration.

Mais la perte des identités et de la richesse culturelle au niveau des différents États, et encore plus au niveau fédéral, est fort heureusement contrebalancée par des initiatives au niveau local, parfois sur des bases d’organisation traditionnelle, comme les villages zapatistes au Chiapas (lire Expérience zapatiste, postcapitalisme et émancipation au XXIe siècle). 

Que ce soient des courants frais et émancipateurs écologiques, artistiques, politiques, ceux-ci s’appuyent plus ou moins savamment sur les outils de la globalisation comme le numérique, la communication via les médias officiels ou contestataires, et les réseaux sociaux comme Twitter, Facebook ou Watsapp. Ces courants alternatifs viennent revitaliser une société pétrie de conformismes et d’attentisme, quand elle n’est pas pétrifiée par la peur, la répression mafieuse ou d’État.

Eh oui, on se s’évade pas ainsi de quatre siècles de colonisation espagnole implacable et du remplacement brutal de toutes les valeurs, religieuses, économiques, technologiques de sa langue et de sa culture, de son histoire et de ses mythes fondateurs par d’autres, comme le Nouveau Testament et les lignages des Grands d’Espagne. Ni du pillage systématique des richesses du pays par les corporations capitalistes européennes jusqu’au XIXe siècle, du détournement des fruits de la production mexicaine par des multinationales étasuniennes, canadiennes, allemandes, françaises, japonaises aujourd’hui. (lire Las venas abiertas de América latina / les veines ouvertes de l’Amérique latine d’Eduardo Galeano).

Flexibilidades

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Selfie, Zacatecas 2014 – Photo Karina Lozano

Pourtant, suite à tous ces chocs et questionnements identitaires, s’il y a un mot qui supplante tous les autres au Mexique, terre de métissages plus que de ségrégation, c’est FLEXIBLE !! Car si les paroles y sont du vent la plupart du temps, les engagements n’engagent que ceux qui y croient, le vent pousse la brise marine qui apporte les nuages qui apportent la pluie qui ramène la vie…

Et les modes et les mouvements sociaux, les contre-cultures occidentales immergent par vagues successives le Mexique, pour le meilleur ou pour le pire. Hier les hippies et les gauchismes, l’anarchie et la libération sexuelle, aujourd’hui les hipsters, la révolution numérique et les réseaux sociaux, les selfies. Et cette positive attitude omniprésente…

Pour autant existent des formes de contestations de l’ordre établi comme des ressorts du capitalisme prédateur, malgré l’étouffement régulier de toute forme de contestation “sérieuse” de la part des gouvernements – celles qui vont un peu plus loin que des effets d’annonce sur Facebook par exemple. Elles persistent dans le temps depuis les années 1960, même si elle ne sont pas bien organisées et efficaces, morcelés en groupes d’intérêts divers et parfois opposés, atomisées par l’individualisme à la mode occidentale.

Le mouvement zapatiste, du fait du soutien des communautés indiennes, de sa résistance et donc de sa radicalité, est un rare exemple d’une forme de contestation politique et démocratique, qui perdure dans le temps et a des effets marquants sur la politique intérieure mexicaine. Il faut dire aussi que les natifs du Chiapas, forts d’un sentiment véritable d’appartenance et d’urgence, n’hésitent pas manifester et à envahir les rues, les administrations, prendre les armes – ce qui pour un monde de “bisounours” virtualisé et dépassionné est totalement inconnu voire impensable !

Le discours recomposé

relovutionQuel est donc l’apport de la pratique de l’español, de son rythme sur ma pensée ? Quelles conséquences sur ma manière d’envisager la vie, les rapports sociaux a entraîné mon immersion linguistique, mon bain culturel mexicain ?? Une partie de la réponse se trouve à peine plus haut : je suis devenu plus flexible, moins catégorique dans mes jugements, moins auto-centré.

Car, paradoxalement dans ce pays encore largement machiste mais vivant une révolution sociale douce et certaine, une lame de fond libérale et libertaire est en train de se produire : mariage gay accepté progressivement et sans heurts, contestation politique qui se développe et importance des réseaux associatifs, ouverture aux influences du monde hors USA pour un pays très nationaliste et fier, mais asservi aux puissances de l’argent, réconciliation avec ses racines indiennes, techniques et usages ancestrales en accord avec la vague verte de l’écologie…

Mexicanismes et mécanismes de la pensée métissée

 un chingo

“L’espagnol mexicain est la variété de l’espagnol qui est parlée au Mexique ainsi que dans plusieurs groupes de population d’origine mexicaine dans d’autres pays, en particulier aux États-Unis et au Canada.

L’espagnol mexicain, dont les origines remontent au XVIe siècle, est la variante de l’espagnol la plus parlée dans le monde : le nombre de ses locuteurs représente environ un quart des hispanophones. De plus, c’est celle qui est la plus diffusée, par le biais des médias de masse du Mexique mais aussi des États-Unis, où la proportion des populations d’origine mexicaine est très importante.”

Wikipedia

a la mierda

Pour une recherche plus détaillée, Internet est une source inépuisable d’expressions typiquement mexicaines. Par exemple sur ce lien : http://www.lexilogos.com/mexicain_espagnol_dictionnaire.htm

L’article Le langage sans les mots – la parole devancée en fait un petit aperçu, notamment sur le point fondamental qui suit.

L’impossibilité du NON

S’il y a une figure grammaticale que j’ai appris à utiliser avec modération au Mexique, c’est la négation. NON, NO est un gros mot, et toute forme d’unilatéralisme est mal vue. Mieux vaut mentir, inventer toute sorte de prétexte que de refuser catégoriquement une invitation, exprimer une opinion totalement contraire. Même si je ne me prive pas de faire la mienne sur différents sujets, mon étonnement sur la légèreté apparente des relations amicales par exemple. Et même si on adore aussi ici les conversations sans fin, plutôt sur le ton de la moquerie et de l’humour – d’où le rôle désamorceur de conflits du doble sentido, et des fiestas largement arrosées d’alcool !

corazon felizQuand un(e) Mexicain(e) ne veut pas… eh bien il ne veut vraiment pas !! Et les stratégies de fuite et d’évitement démontrent aussi que le cœur est souvent plus fort que la raison ici. Et que si un événement, une rencontre ne se réalisent pas, une forme de sagesse ancestrale se fait jour, qui dit qu’il ne faut pas forcer le destin… Même si – impatiences occidentales – il faut souvent insister pour que les bonnes choses se concrétisent ! En revanche, quand un(e) Mexicain(e) veut, propose, c’est maintenant, tout de suite !! Hay que seguir, faut suivre…

Ses paroles étaient comme le vent : il a disparu dans un courant d’air.

Cependant, le temps joue pour l’amitié, à l’inverse de ce que j’ai pu penser initialement : il arrondit les angles, efface les différents pour que les vraies sympathies affleurent au bout du compte. Le temps est un critère très relatif au Mexique, ne l’oublions pas, et le présent se renouvelle chaque jour, avec son apport de possibles, parfois pour le pire en terme d’actualité, en général pour le meilleur dans le quotidien.

Hispanicismes

Les Mexicain(ne)s ont depuis longtemps simplifié le castillan, avec ses accents chuintants imprononçables et l’usage de la deuxième personne du pluriel, confondu avec la troisième : « Siempre estaréis en vuestro corazón » deviendra au Mexique « Siempre estarán en su corazón ». Déjà que masculin et féminin (un artista, un artiste), singulier et pluriel (la gente, les gens) ne sont pas toujours évident à cerner dans la langue espagnole, que les faux amis en genre y sont nombreux (un minuto, une minute) sans parler de son usage immodéré du subjonctif…

chingon

La simplification du langage qui a eu lieu aux States, passant de l’anglais shakespearien stylé des premiers pionniers ­débarquant du Mayflower, à l’anglo-américain et sa prononciation chewing gum, a également eu lieu dans toute l’Amérique latine, et depuis plus longtemps puisque sa colonisation par les Conquistadores commença à la fin du XVe siècle. Certains termes sont directement emprunté au champs lexical du grand voisin ricain, dont le style de vie est omniprésent dans le Nord du pays, un peu moins dans le Sud.

Ainsi on préférera le terme clóset à celui plus typiquement castillan d’armario, cousin du français armoire.

Le sens pratique des USA, fer de lance occidental de la modernité, a donc petit à petit imprégné le Mexique par osmose frontalière. Dans les discussions courantes, les échanges de texto, et même les courriers officiels et ses formules de politesses galvaudées, on préférera les phrases simples, un mot, Atentamente (Cordialement) voire les anglicismes aux formulations alambiquée.

Traces du français

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« Je peux à peine contrôler l’érection de ma verge. »

De la même manière, buffet est entré directement dans le vocabulaire courant des Mexicains, comme quelques autres termes issus du français, certainement suite à l’expédition impériale française, à son fiasco et à l’installation plus ou moins forcée dans différentes régions du Mexique de survivants de l’armée française, puis du fait des échanges internationaux au XXe siècle. D’ailleurs les Mexicains sont toujours assez fiers de remonter à une grand-mère bretonne, un trisaïeul basque, même si la chasse aux origines dans les registres et les arbres généalogiques n’est pas vraiment leur fort, préférant laisser le passé au passé.

Certaines formulations peuvent paraître choquantes, crues, vulgaires même (les Mexicain(e)s apprécient aussi le parler vrai et concret, particulièrement sur les réseaux sociaux, dans certaines circonstances informelles, privées) pour une société qui fuit les conflits au quotidien, mais aussi les preuves de la répression atroce qui s’abat sur les populations rebelles par les pouvoirs militaires et mafieux des États Unis du Mexique, devenu de fait un de Narco-État.

Pues, les mots ont un autre relief ici, la vie aussi…

Particularités locales de l’español internacional

votar xNon seulement l’espagnol de Cuba diffère de celui de Colombie (les Colombiens possèdent, dit-on, le plus joli accent en plus de la cumbia) ou plus encore de celui parlé en Argentine (avec son emblématique prononciation che à la place du je), mais encore d’un État mexicain à un autre. Les expressions et particularismes régionaux ont fait flores, mâtinés parfois d’un peu de français ou d’italien à la salsa chile (sauce piquante) et toujours de l’anglais Coca Cola.

Les simplifications américaines sont assez radicales, elles effacent bien des nuances présentes dans les langues du Vieux Continent, mais elle sont plus efficaces, à mon sens, pour la formulation et la communication des idées. La structure du langage courant est simple, les phrases courtes, sans fioritures grammaticales. Ensuite à chacun d’agrémenter son discours avec des mots et des expressions typiques et bien choisies…

Un voyage littéraire en trois dimensions

Lorsqu’au début de mon séjour mexicain, je me suis plongé dans la lecture du magnifique roman, flamboyant, obscur et dense d’Almudena Grandes, Te llamare Viernes (Je t’appellerai Vendredi), afin d’améliorer mon espagnol et d’élargir mon vocabulaire, je me suis immergé dans une culture certes hispanique, celle de Madrid, mais complétement en décalage avec celle que je découvrais alors.

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Ciudad Juarez, à la frontière nord du Mexique, État limitrophe du Texas

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Acculturations et identités

La proximité des USA et son intrusion parfois violente dans l’histoire du pays (tout le sud des États Unis, du Texas à la Californie, en passant par le Nouveau Mexique et l’Arizona était mexicain jusqu’au XIXe siècle, et suite à l’annexion de cet immense territoire par les Gringos, du fait de la défaite de l’armée mexicaine, bien désorganisée. Le Texas peuplé de 85 % d’immigrés américains proclama son indépendance, avec l’aide en hommes, argent, armes de Washington le 21 avril 1836, après la victoire de San Jacinto. Un peu plus tard, Le traité de Guadalupe Hidalgo du 2 février 1848 entérina la perte de très grands territoires alors désertiques ou peu peuplés, qui furent ensuite « vendus » sous la présidence de Manuel de la Peña y Peña aux États-Unis pour 15 millions de dollars. De ce fait, une grande partie de la moitié nord du pays fut ainsi perdue au profit des États-Unis, soit l’Arizona, la Californie, le Nevada, le Nouveau-Mexique, le Texas et l’Utah. Cette dépossession a évidemment changé la donne et nourri le ressentiment à l’égard des Gringos.

Mais comment peut-on être Texan ?…

durango zacatecas 158Le Mexique du XXIe siècle, c’est certain, reçoit de l’Oncle Sam la majeure partie de ce qui fait aujourd’hui son style de vie. Fascination et répulsion pour son grand voisin du nord est la marque d’un attachement fatal ou libérateur, c’est selon. Pourtant, même arrimé à l’ALENA, ce pays fera toujours partie de la zone Amérique latine, il en est même un des exemples les plus emblématiques, et, du fait de la mondialisation, il ne reçoit pas seulement l’influence des Gringos, mais du monde entier.

Et comme en France, dans les discours officiels, dans ce grand lessivage postmoderne et a-historique de la pensée, dans ce vide critique et philosophique qui souhaite s’étendre à toute la planète pour en faire un grand centre commercial pratique et dépassionné, tant de mots tels révolution, populaire, démocratie ont été neutralisés, dénaturés, vidés de leur sens.

Les Mexicains aux États-Unis : tribulations d’une relation difficile

Au dernier recensement décennal, effectué en 2000, les Hispanics représentaient 12,5 % de la population totale des États-Unis, soit 35 305 906. Au sein de ce groupe, les Mexicains et Américains d’origine mexicaine forment un sous-groupe important. Ce même recensement en dénombrait 20,6 millions, soit 58,5 % du groupe “hispanique”. Cet article se propose de brosser un portrait des Mexicains-Américains vivant aux États-Unis, afin de montrer l’impossibilité d’en parler comme d’un groupe démographique unique, car, nous le verrons, il s’agit d’une population diverse en tous points. Il importera donc d’exposer la nature de cette hétérogénéité et les caractéristiques de chacune de ses composantes.

https://alhim.revues.org/438

ATTN

Dix millions de Mexicains au moins vivent aujourd’hui aux États-Unis et il en arrive 400 000 de plus chaque année. Cette émigration affecte l’économie mexicaine de deux façons : par le biais du marché du travail – le solde migratoire influant sur le niveau de la main-d’œuvre et sa composition – et par le biais des envois de fonds des travailleurs expatriés, qui constituent un élément important du revenu des ménages et de la balance des paiements. D’autre part, les migrations jouent aussi un rôle actif dans l’intégration croissante de l’économie mexicaine et de celle des États-Unis, processus qu’encourage parallèlement l’ALENA.

http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=EE_0319_0139

chez bororquez 1

Intervention de Chaz Bojorquez sur la façade d’une maison ancienne de la ville de Oaxaca.

Nombreux sont les Mexicains et Mexicaines, familles mixtes mexico-étasuniennes, qui repassent la frontière temporairement, en général pour des vacances avec la famille élargie, des séjours pour se ressourcer plus ou moins longs. L’attachement des Chicanos (Mexicains ayant émigré aux USA) à la mère patrie, aux racines, est souvent très fort, même si ces allers-retour dons souvent l’occasion de se mousser un peu devant les compatriotes et proches restés au pays, et de dépenser ostensiblement quelques liasses de dollars…

Chaz Bojórquez devant « El Señor Suerte », 1970

Chaz Bojórquez devant « El Señor Suerte », 1970

Les Chicanos reviennent également avec un nouveau langage, un mix d’anglo-américain et d’espagnol : le spanglish (de spanish/english). Cette forte minorité aux USA construit une autre culture encore, d’autres identités du fait de son déracinement. Elle est un peu le cul entre deux chaises, comme la population immigrée maghrébine en France, avec ses pertes de repères identitaires, ses radicalismes et étrangetés, entre beurettes libérées et barbus intégristes musulmans, mélanges de styles vestimentaires, transgressions et métissages culturels.

Ainsi le Cholo, Arte calleja, art de rue et populaire, un peu gangster, s’est inventé en Californie, Los Angeles principalement, dans la communauté mexicaine. Chaz Bojorquez (ci-dessus) en est une des principales et plus anciennes figures artistiques.

Pertes ou gains ?

Pour autant, la culture mexicaine est très riche, solidement campée sur ses deux piliers : la culture pré-hispanique, la méso-amérique des Olmèques, Mayas, Toltèques, Aztèques etc., et celle léguée par la Nouvelle Espagne et la colonisation espagnole. Religion catholique, haciendas et organisation productiviste et capitaliste, puis luttes d’indépendance, constitution d’une nation moderne et industrielle, d’une identité nationale en sont les marqueurs principaux (lire Murales de la Casa del Campesino, Durango 1 et 2, Sueños de la nación. Un años después 2011).

Religion cathodique et du numérique également, dans laquelle cette jeune culture est en renouvellement permanent – cela s’entend dans la création de nouveaux mots, expressions adaptées à leur époque – et est encore suffisamment forte pour éviter de sombrer totalement dans la normalisation – celle qui offre un plus petit dénominateur commun à tous les peuples, une culture du prêt-à-porter, forcément appauvrie même si “personnalisée”.

walmart mexico

« Maintenant le fric. Vivre mieux. » – détournement du slogan de Walmart, chaîne de supermarché us implantée sur tout le territoire mexicain, une des multinationales grandes bénéficiaires de l’accord de libre-échanges ALENA.

Mais les écueils de l’autoritarisme, du machisme et des intégrismes, les dernières vagues d’idéologies réactionnaires, élitistes, mais surtout les dangers plus aiguisés de la violence liée au narcotrafic et à la criminalisation de tout l’appareil étatique, aux accords de libre-échange commerciaux (ALENA toujours, en place depuis 20 ans déjà) et de la privatisation des ressources en énergie, en eau du pays à l’avantage de compagnies principalement étasuniennes et canadiennes ne seront pas une mince affaire dans la manœuvre !!

Walmart tiene 76 mil millones de dolares en paraisos fiscales (Walmart a 76 millions de dollars dans les paradis fiscaux)

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La parole traduite, échangée

x main - copia

Quels espoirs pour le Mexique de demain, quelle(s) langue (s) pour ce pays grand comme l’Europe occidentale, dont bien sûr l’espagnol est le liant, langue importée de l’Espagne des Habsbourg, pays de cocagne et de pillages intenses, devenu progressivement un État moderne. Il est désormais au croisement de plusieurs autres idiomes : l’anglais international ou anglo-américain, du fait de son statut de première langue dans les échanges mondiaux, mais surtout par la proximité des USA.

ciudad juarez 210Le français est la deuxième langue étrangère enseignée ici, comme dans le monde (lire Francophonies) avec en général beaucoup de motivation le la part des apprenants, du fait de l’histoire révolutionnaire et laïque commune aux deux pays, de l’attirance mutuelle des deux peuples métissés, deux pays-carrefours du globe terrestre, et de l’attraction toujours intacte qu’exerce sur les Mexicain(ne)s la culture, le raffinement français. L’Alliance française de Ciudad de México est d’ailleurs une des toutes premières ouvertes hors Hexagone en 1884, un an avant celle de La Habana, Cuba.

Peut-être un jour aussi le portugais, à l’influence grandissante grâce au dynamisme économique et culturel du Brésil, y trouvera un terrain de prédilection ? Ou le mandarin deviendra-t-il la langue internationale des affaires – quoique les investisseurs chinois soient aujourd’hui très réservés sur les possibilités de croissance et de rentabilité du Mexique, du fait de la corruption endémique de l’État et de la violence récurrente dans tout pays.

languesmonde

Hoy en día existen al menos 7.102 lenguas vivas en el mundo. Veintitrés de esos lenguajes son la lengua materna de al menos 50 millones de personas. Esos 23 lenguajes son la lengua materna de 4,1 billones de personas. Las áreas formadas por las franjas negras representan cada una de esas lenguas y su tamaño viene determinado por el número (en millones) de hablantes nativos que hay en cada país. El color de estos países muestra cómo de expandidas están esas lenguas alrededor del mundo (‘South China Morning Post’) – http://www.konbini.com/mx/estilo-de-vida/el-espanol-la-segunda-de-las-23-lenguas-mas-habladas-del-mundo/

Sur cette carte mettant en rapport les différentes aires linguistiques des Mother Tongues (langues maternelles) de notre planète bleue, avec leurs sous-groupes, on voit que l’español talonne l’anglo-américain. Mais que en nombre de pratiquants, le mandarin écrase tous les autres groupes linguistiques. Elle dénombre 7.102 langues vivantes dans le monde, dont 23 sont des langues maternelles pour au moins 50 millions de personnes.

Comme c’est une représentation issue du South China Morning Post, la part belle est faite au langues asiatiques, tandis que les concepteurs ont un peu oublié la part africaine francophone dans cette classification, qui compte des dizaines de millions de pratiquants, souvent bi ou trilingues, et qui assurent encore au français son rôle de langue internationale de premier plan pour les prochaines décennies. Faut-il y comprendre, entre les lignes, que l’Afrique n’est, pour la première puissance économique mondiale, qu’un terrain de jeu de Monopoly et une mine de ressources naturelles avant que d’être peuplée par des hommes et des femmes ?…

Mais ne rentrons pas dans ces considérations patriotiques, communautaires, qui envisagent la langue comme un outil diplomatique, un soft power prenant part à la lutte d’influence globalisée, à la concurrence généralisée comme uniques facteurs relationnels, mais plutôt comme un moyen de communication, un véhicule des cultures pour notre richesse commune, en tant que citoyens du monde.

Viva Québec libre !

Nous avons l’exemple du Québec, en première ligne face au raz-de-marée anglophone, et dont la promotion du français comme langue nationale, avec 22% de la population totale du Canada qui revendique le français comme langue maternelle , se comprend et se justifie aisément. Le Canada est un des tout premiers porte-étendard de la francophonie. Curiosité linguistique de la Belle Province, le joual qui est un sociolecte du français québécois issu de la culture populaire urbaine de la région de Montréal. En France, même si la mode des mots anglais parsèment nos conversations, notre fameuse aversion/fascination pour la culture anglo-américaine fait parfois dire de grandes âneries. Pour autant, espagnol-hispaniques comme français-francophones ne sont pas du tout des langues en perte de vitesse et des cultures en manque d’influence dans le monde.

¡ Voilà, asi es ! Cet article se conclue sur une note d’optimisme concernant la vivacité des langues parlées, plus particulièrement ici l’inventivité de l’español du Mexique. Mais aussi concernant le dialogue fructueux de deux langues cousines, latines, exprimant deux cultures à la fois si proches et si différentes : la française et la mexicaine.

Ojala que cette séduction mutuelle produise de beaux dialogues, de belles rencontres et des échanges culturels fructueux, des petits mots, des mots doux, de beaux petits tout court !

eric verdier

Route et nuage au Mexique – Photo Éric Verdier

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Florent Hugoniot ©Texte et photos non légendées

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SOURCES ET LIENS

Diccionario del español usual en México – dirigido por Luis Fernando Lara

http://bib.cervantesvirtual.com/servlet/SirveObras/45737575101825028299979/index.htm

http://www.academia.org.mx/DiccionarioDeMexicanismos

IV. Migrations : contexte économique et conséquences – Publié dans Études économiques de l’OCDE – 2003/19 (no 19) http://www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=EE_0319_0139

Hispaniques et Latino-Américains (États-Unis) https://fr.wikipedia.org/wiki/Hispaniques_et_Latino-Am%C3%A9ricains_%28%C3%89tats-Unis%29

Histoire de la langue Québécoise – Le joual (1/3) https://www.youtube.com/watch?v=jtlXJdYvh4s

A propos lapartmanquante

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Un commentaire pour D’un mot à l’autre – la parole transposée

  1. Boris Carrier dit :

    Bonjour,

    Vivant aussi au Mexique, votre réflexion approfondie a retenu mon attention: je me reconnais dans la plupart de vos impressions et je partage aussi beaucoup d’analyses tout en me méfiant énormément des comparaisons interculturelles trop souvent dévoyées au profit de visions nationalistes ou d’idéologies. En général je me contente de constater les choses telles que je les vois au Mexique et en France en tentant de ne pas introduire de jugement de valeur ce qui n’est pas toujours chose aisée, il faut le reconnaître. Comme vous, j’ai la sensation de vivre dans un pays jeune plein de potentialités et mû par un enthousiasme qu’accompagne en général l’optimisme: tout est fait pour chasser les désagréments et la bonne humeur est de mise, cela se reflète aussi sur les visages. Un mélange détonnant de conformisme et d’originalité qui entretiennent une dialectique permanente produisent le meilleur et le pire: les demi-tons et les nuances s’estompent au profit des émotions fortes comme le chile habanero et des impulsions passionnelles ou capricieuses. L’enfant-roi est au cœur de la vie sociale dont le liant reste la paroisse même si les universitaires prennent leurs distances et adoptent les nouvelles mœurs. Quoi qu’il en soit, ce pays ne laisse personne indifférent: on l’aime ou on le quitte, á la différence que personne ne vient vous le dire.

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