Comment peut-on être mexicain ? (4)

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Débordements

Pour cette quatrième partie, c’est sous l’angle du débordement que je voudrais maintenant aborder le Mexique. Cette dynamique pourrait être vue comme une particularité typiquement latine. Du moins c’est ce que les Anglo-saxons, en général plus carrés, plus stricts quant au respect des règles, remarquent vite, voire reprochent à certains peuples européens avec tous les clichés qui suivent : les Français sont des spécialistes de la grève, les Italiens sont des beaux parleurs tandis que les Espagnols abusent de l’orgueil et de démesure… Dans le même registre, on connait la terreur des citoyens étasuniens, particulièrement les WASPs (White Ango-Saxon Protestants) pour le débordement de leur frontière avec le Mexique par des hordes de barbares venus du Sud – vaste ensemble qui comprend toute l’Amérique latine plus tout ce qui n’est pas au préalable désinfecté par les services de santé et d’hygiène !

Le débordement en tant que contournement de la règle. Le débordement comme l’énergie de la multitude et des courants parallèles, comme l’Histoire peut régulièrement l’illustrer, ou tout simplement au quotidien, comme dans des embouteillages : une réaction naturelle, vitale et spontanée face à un blocage qui dure trop de temps, une impasse qui peut s’avérer mortifère. Ou encore comme la florescence de la langue espagnole parlée au Mexique, la profusion débordante du baroque dans les cultures d’Amérique latine…

Pour autant on retrouve cette tendance dans d’autres continents aux villes surpeuplées, aux cultures aussi diverses qu’en Afrique ou en Inde, où l’indiscipline le dispute à la débrouillardise. Je m’attacherai seulement à traiter de ce sujet avec ses aspects remarquables ou ses travers afin de suivre la ligne ondulante et conductrice de « Comment peut-on être mexicain ? ». Il s’agit donc d’aborder ici différents aspects, ceux qui traversent et dépassent à la fois les catégories et les frontières, toujours  avec un regard amusé et critique sur la société mexicaine.

Quelles invasions barbares ?

photo 2La fascination mexicaine pour la postmodernité et le néolibéralisme mis en avant par le modèle étasunien n’est pas unique, loin de là ! C’est la planète entière, avec ce modèle ancré désormais au sein de tous les continents qui se trouve dans cet assujettissement, et les dernières poches de résistances comme Cuba sont rares. Pour le Mexique cela entraîne plusieurs effets : d’un côté, l’arrimage de son économie via l’ALENA (accord de libre échange en place depuis plus de 20 ans) à celles de ses deux grands voisins du Nord, les USA et le Canada, induit des changements politiques, économiques et culturels fondamentaux dans toutes les strates de la population. On peut estimer qu’il s’agit d’une évolution « naturelle » de la société mexicaine, qui permet à une grande partie de la population d’accéder au confort moderne ; ou au contraire d’un passage en force, d’un diktat des monopoles  financiers, malgré la propagande médiatique et la publicité qui valorisent ce type de développement. Un développement-bulldozer que nous connaissons désormais dans chaque recoin du monde et dont nous voyons les conséquences désastreuses sur l’environnement, mais aussi sur l’humain. Car toute la population, à part une marge de profiteurs institutionnels – suivant la grande tradition des élites compradores (vendus) dans quasi tous les pays d’Amérique latine – ne profite pas de la manne de la globalisation : conditions de travail exécrables, chômage persistant pour les jeunes adossé à une croissance déséquilibrée et paupérisation…

Florent 424Toutes ces données font dire aux Mexicains que leur pays est devenu un terrain encore plus rentable que la Chine ou le Bangladesh dans le jeu de Monopoly des délocalisations. D’ailleurs le gouvernement mexicain, véritable VRP des intérêts de l’élite économico-financière du pays, s’active beaucoup plus en direction des joint-ventures que du mieux-vivre de la population et des infrastructures publiques. Signer des accords commerciaux internationaux n’entraîne pas forcément la prospérité et le bonheur pour tous : la laideur contemporaine invasive, le fort taux de criminalité et le manque d’horizons réels par exemple des régions-frontière avec les USA comme Ciudad Juarez ou Tijuana, devenues des zones franches pour le plus grand bonheur de l’économie étasunienne, en est une illustration criante. Cependant la classe moyenne – terme très vague au Mexique, qui peut comprendre des familles très aisées et des familles aux revenus modestes – reste majoritaire. Elle bénéficie encore d’une part de la prospérité due aux ressources naturelles mais surtout au développement faible mais constant du pays, grâce à une demande intérieure soutenue du fait de sa taille, et n’est pas encore prête à soutenir les combats des plus démunis ou à remettre en question le système politique perverti. Celui-ci permet actuellement aux partis voyous du PRI ou du PAN d’alterner le pouvoir, et de se distribuer postes gratifiants et rémunérations délirantes plus avantages occultes, dans une parodie de démocratie.

Tant qu’il n’y aura pas de transgression des règles du jeu politique de la part de cette classe aisée, instruite et relativement éclairée, il n’y aura pas d’espoir de changements. Or ces règles sont tracées par un gouvernement fédéral compromis jusqu’au cou avec l’oligarchie, qui gère le statut quo par des éléments de langage complètement creux, sinon avec le recours de la police et de l’armée si des populations locales se montrent un peu trop rebelles. Mais comment ne pas nourrir la contestation quand ce même gouvernement, aujourd’hui aux couleurs du PRI, demain peut-être à nouveau du PAN, brade les principales ressources naturelles du pays aux multinationales et précarise ses services publics ?

mexique migration usaRevival latino aux USA

D’un autre côté, l’immigration économique massive des Mexicains en direction principalement des USA recrée de fait une nouvelle grande aire hispanophone dans les États tels que la Californie ou le Texas : l’espagnol y (re)devient progressivement une langue prépondérante, au point de dépasser dans les projections futures l’usage de l’anglais au cœur même de l’Empire. Cette aire «mexicanisée» trace une grande diagonale du Nord-Est au Sud-Ouest, passant par Portland, Salt Lake City, Oklahoma City et Huston. Elle dessine presque parfaitement les limites septentrionales de l’immense colonie espagnole appelée le Nouveau Mexique jusqu’à l’Independencia, limites dans laquelle la République mexicaine est née et s’est développée, avant l’annexion de toute sa partie nord située au-delà du Rio Bravo (ou Rio Grande) par les USA, au milieu du XIXe siècle. On voit donc comment deux dynamiques symétriques se jouent des frontières nationales de part et d’autre du Rio Bravo et redessinent la géographie politique et sociale. De fait, la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis est le principal couloir migratoire au monde.

« Pobre de México tan lejos de Dios y tan cerca de Estados Unidos »

pancho villa« Pauvre Mexique, si près des États-Unis et si loin de Dieu », citation populaire attribuée faussement à Porfirio Diaz, dictateur francophile à la fin du XIXe siècle. Elle est de Nemesio Garcia Naranjo, homme politique et directeur de rédaction.

Ce flux migratoire participe à la création de la sous-culture chicano dans l’immense communauté mexicaine vivant aux USA (environ 28 millions de personnes, en situation régulière ou clandestine), avec malheureusement une tendance pour la « beaufitude » directement inspirée du mode de vie étasunien,  le consumérisme restant l’axe principale de ces Mexicano-étasuniens. Des éléments typiques de la culture mexicaine tels que les Vierges de Guadalupe, les masques des luchadores et les exubérances de Dia de Muertos font le décorum. Plus underground, la culture cholo des bad boys dans l’art urbain est issue de la guerre des gangs latinos et afroméricains à Los Angeles, et a été valorisée par des artistes tels que Chaz Bojórquez. Il faut aussi souligner l’apport de la gastronomie mexicaine, les tacos devenant plus populaires que les hamburgers dans la partie sud et ouest des USA, en voie de latinisation.

Malbouffe et obésité

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Espace de gastronomie rapide à Ciudad Juarez, avec food trucks, hotdogs et sodas.

Inversement, si les séries américaines ont bien servi de modèle et de miroir, malgré la production mexicaine Telenovelas qui sont diffusées dans tout le monde latin, c’est au Mexique probablement (et au Brésil) qu’elles ont le plus inspiré les modes de vie courant. Il existe d’ailleurs un terme pour définir l’américanisation à la mexicaine : on dira de quelqu’un qu’il est agringado, du surnom « Gringos » pour appeler les Étasuniens. La surconsommation alimentaire, la malbouffe et le fort taux d’obésité du pays sont des preuves évidentes de l’acculturation par la consommation de masse. Les sodas hyper-sucrés sont la norme pour l’hydratation quotidienne, la marque Coca-Cola est omniprésente, peinte à la main sur les murs ou imprimée sur tout ce qui peut servir de support, chaises, tables, réfrigérateurs, tentes… Et les produits OGM remplissent les gondoles des OXXO et autres superettes ou chacun se rendra d’une manière automatique pour satisfaire un besoin immédiat.

torreon-zac 107Les mauvaises habitudes alimentaires générées par les industries agroalimentaires font que le Mexique est le  premier pays au monde pour l’obésité des enfants. Il a même supplanté les USA en ce domaine, et compte un tiers environ de la population atteinte par cette maladie moderne. Dans l’ensemble les Mexicains sont assez ronds de physionomie et pas très grands, sauf au nord du pays, mais quand les bourrelets débordent des vêtements au point de gêner le fait même de marcher, l’usage immodéré des salles de sport très répandu ne sert à rien !! Les services de santé fédéraux ont beau multiplier les campagnes de sensibilisation contre la malbouffe, les faits sont là : sans trop de pudeur, de nombreux hommes et femmes, des enfants se laissent aller à la gloutonnerie et se délectent d’amuse-gueules tous plus chimiques les uns que les autres, sans aucune préoccupation éthique ni esthétique pour leur propre corps, mais surtout au risque de mettre en danger leur santé. Le terme comida chatarra, qui se traduirait exactement par « alimentation-décharge », illustre parfaitement ce changement des habitudes alimentaires dans un pays qui bénéficie pourtant de tous les écosystèmes et des infrastructures nécessaires pour manger d’une manière saine et équilibrée, en poursuivant une tradition culinaire qui fait la réputation du Mexique dans le monde entier.

Hollywood et le mexican style

Florent 399Autre effet de miroir, on connait en général grâce au cinéma et à certains airs mexicains célèbres, les costumes flamboyants, colorés et brodés des Mariachis, ces musiciens qui jouent la sérénades aux touristes, mais qui participent aussi de toutes les fêtes familiales et événements au Mexique. Il est amusant de savoir que ce type de costume a été inventé de toutes pièces par les stylistes-décorateurs à Hollywood au début du XXe siècle, pour les besoins de l’industrie cinématographique. Certes l’inspiration vient de celui des charros, ces cavaliers et cow boys mexicains, qui ont vite fait orner leurs pantalons, vestes, chapeaux et leurs selles des plus belles broderies, issues de l’artisannat hispanique et des costumes de toreros. Mais la plupart des Mexicain(e)s pensent aujourd’hui qu’il en a toujours été ainsi, alors que les premiers Mariachis étaient simplement vêtus d’un pantalon et d’une tunique blanche, comme les peones, ces paysans sans terre mexicains. L’histoire embellit bien les choses… Encore un renversement des genres et des frontières remarquable !

La forteresse USA

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Puente de las Americas, Ciudad Juarez : passage entre les hauts grillages, drapeaux étasuniens et mexicains et lune pleine surveillant la frontière.

Américanisation ne signifie pas forcément abrutissement et nivellement par le bas, même si c’est souvent le plus laid, le plus simpliste des States qui s’illustre et s’impose au Mexique. L’influence de l’Oncle Sam augmente à mesure qu’on avance plus au Nord, dans cet immense pays qu’est le Mexique. Les États du Sud de la Fédération, comme Oaxaca, le Chiapas et le Yucatán, mais aussi le centre du pays, au riche patrimoine colonial, semblent moins touchés en apparence par cette américanisation. En apparence seulement, car cette fascination/répulsion qu’éprouvent quasiment tous les Mexicains et les Mexicaines pour la première puissance mondiale est visible partout et premièrement dans leur mode de vie. Ainsi la voiture a pris une place prépondérante, à tel point que les grandes villes, avec leurs nouveaux quartiers d’affaires, les zones commerciales ou résidentielles, ne peuvent plus se concevoir sans ce moyen de locomotion. À défaut de voiture, on peut utiliser les bus collectifs déglingués et prendre le temps d’apprécier le trajet en faisant preuve de patience, une qualité très utile au Mexique.

Spiderman

« La Véritable Histoire des Superhéros » par Dulce Pinzón. Photographie d’une série mettant en scène des travailleurs mexicains déguisés en super héro, dans leur contexte professionnel – ici un spiederman laveur de vitres – avec en légende le nom, la ville natale, la profession exercée et la somme d’argent ainsi que la fréquence qu’il ou elle envoie aux siens.

« Américain » a pris le sens unilatéral d’habitant des USA, alors qu’on devrait dire étasunien, selon la manière hispanique estaduniense. La situation géographique du Mexique l’isole de fait des continents eurasien et africain, mais en fait une proie idéale pour les USA : il est le pré carré de l’Empire, sa première zone d’influence, et le Rio Grande (ou le Rio Bravo selon la formulation mexicaine) représente le Rubicond à ne pas franchir sous peine de représailles directes de la part des Gringos ! Le Mexique représente avant tout pour les Étasuniens un pays corrompu et dangereux où il vaut mieux ne pas trop s’égarer, avec quelques oasis de loisirs sécurisés comme à Puerto Vallerta ou à Cancún, mais surtout un réservoir de main d’oeuvre docile et bon marché. Pourtant, l’espace de libre-échange commercial ALENA n’inclut pas, contrairement à ce qui existe en Europe, une zone de libre circulation des personnes. Des divergences profondes existent entre les Etats-Unis et le Canada sur le cas du Mexique. D’ailleurs la récente décision d’annuler les visas d’entrée du territoire d’ici quelques mois pour les ressortissants mexicains désirant venir vivre au Canada, pour quelques raisons  privées ou professionnelles, donne des sueurs froides aux autorités étasuniennes !

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Le Rio Grande ou Río Bravo, canalisé et sécurisé entre le Mexique et le Texas.

Depuis 2006, un  mur discontinu et ultra sécurisé s’étend tout le long de la frontière entre le Mexique et les USA, à l’initiative de ces derniers. Fait de clôtures et de grillages, il renvoie aux murs érigés par les Israéliens en Palestine aujourd’hui ou aux murs de l’apartheid en Afrique du Sud au siècle dernier. Mais ce n’est pas encore assez totalitaire, L’idée étant à terme de rendre la frontière mexicano-étasunienne avec les USA, longue de presque 3200 km, complètement étanche. Cette zone ne manque pourtant pas de barbelés, tôles, grilles, miradors, caméras de surveillance, ainsi que de patrouilles policières régulières. Ce nouveau mur est censé contenir définitivement les hordes de Latinos illégaux, dont les Mexicanos en premier plan, qui tentent de franchir le passage vers l’Eden de la consommation, de la propriété privée et de l’individualisme que sont les USA. Pourtant, le flux migratoire entre ces deux pays d’Amérique du Nord reste le plus important au monde, et participe fortement au développement économique de ces régions.

Donald Trump a promis, en cas d’élection aux futures présidentielles étasuniennes, de rendre cette frontière hautement symbolique définitivement infranchissable pour les clandestins, qui sont plusieurs centaines chaque année à perdre la vie en tentant le passage. Il souhaite la construction d’un haut mur en dur de 1.600 kilomètres dont il estime le coût à 8 milliards de dollars. Il a averti par ailleurs que ce coût serait assumé par le Mexique, ce qui a quand même fait un peu tousser Peña Nieto…

Selon Enrique Morones, de l’ONG Border Angels, 10.000 personnes y ont laissé la vie depuis 1994 :« Avant la construction du mur, il y avait un ou deux morts par  mois, maintenant c’est un ou deux par jour », déplore-t-il. La douane parle elle de 5.570 morts entre 1998 et 2012. Certains passeurs dénommés coyottes n’hésitent pas à abandonner des groupes de clandestins dans le désert, une fois l’argent en poche.

Ouvertures et modernes fractures

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Monument en hommage aux migrants arabes, Ciudad Juarez

Certes, le Mexique été confronté à d’autres modèles, à la modernité et à ses effets pervers au moins depuis la Conquista espagnole. Après l’apprentissage des nouvelles techniques de production et nouveaux styles artistiques venues de l’Espagne renaissante, après l’adoption de la langue de Cervantes , de la poudre et de l’art équestre, la révolution industrielle est arrivée par le nord, par les USA en formation, mais aussi par des audacieux commerçants ou aventuriers italiens, allemands, français, tous ressortissants des pays européens engagés dans ce grand effort de modernisation industrielle au XIXe siècle. D’autres populations sont venues des pays arabes pour le commerce, ou de Chine pour la main d’œuvre et ont apporté également leurs traditions, leurs innovations et leur vitalité. Il y a d’ailleurs à Ciudad Juarez, détail notable de la capacité d’absorption de la figure de l’Autre dans la société mexicaine, un  monument en hommage aux migrants arabes, pour beaucoup venus du Liban et de Syrie.

Le dernier choc de modernité, si on peut dire, a commencé en 1994, avec la signature de l’ALENA. Son bilan en terme d’échanges et d’augmentation du niveau de vie est loin d’être évident, comme le décrit Lori M. Wallach dans un article publié en juin 2015 dans le Monde Diplo :

“Loin d’avoir offert de nouveaux débouchés aux entreprises américaines et de les avoir poussées à embaucher, l’Alena a favorisé les délocalisations industrielles et l’ouverture de succursales à l’étranger, en particulier au Mexique, où la main-d’œuvre est bon marché. Dans le secteur agricole, une multitude d’entreprises américaines spécialisées dans la transformation de produits alimentaires se sont également installées au Sud. L’affaiblissement des normes sanitaires et environnementales engendré par l’accord leur a permis de profiter des bas salaires mexicains. En effet, avant 1994, de nombreuses denrées alimentaires transformées au Mexique étaient interdites à l’importation aux Etats-Unis, car jugées dangereuses. Une seule usine mexicaine transformant du bœuf était alors autorisée à exporter ses produits au Nord. Vingt ans plus tard, les importations de bœuf mexicain et canadien ont augmenté de 133 %, poussant à la faillite des milliers d’agriculteurs. (…)

Mais les travailleurs américains n’ont pas été les seuls à pâtir de l’Alena. L’accord a également eu des effets désastreux au Mexique. Autorisés à exporter sans entraves, les Etats-Unis ont inondé ce pays de leur maïs subventionné et issu de l’agriculture intensive, engendrant une baisse des prix qui a déstabilisé l’économie rurale. Des millions de campesinos (paysans) expulsés des campagnes ont migré pour se faire embaucher dans des maquiladoras (10), où ils ont pesé à la baisse sur les salaires, ou ont tenté de passer la frontière et de s’installer aux Etats-Unis. L’exode rural a également exacerbé les problèmes sociaux dans les villes mexicaines, conduisant à une montée en intensité de la guerre de la drogue.”

Des tacos et des jeux virtuels

« De ce côté aussi il y a des rêves » Acción Poética

« De ce côté aussi il y a des rêves » Acción Poética

La corruption qui gangrène le Mexique n’est plus à démontrer, les dernières actualités documentent le rejet de la personne de Piña Nieto et de sa politique de privatisations tout azimut, ou encore du recours au fracking pour l’exploitation des hydrocarbures dans les sols. Pour autant vibre dans ce pays une frénésie de vie. Les loisirs, à l’exemple des USA, sont sanctifiés et vécus comme la suprême récompense après le labeur, dépenser son salaire dans les môles et centres commerciaux étant la plus valorisante des actions. La plupart des Mexicains aujourd’hui rêvent de la plage de Cancún, de s’engouffrer dans l’industrie du tourisme, avec un confort de standing international et des journées sans aspérité ; beaucoup moins de rencontrer les Indiens mayas ou de découvrir des régions magnifiques mais peu fréquentées du pays. Comme dans toute société de consommation de masse, la foule attire la foule, et les individus se dépersonnalisent pour ressembler aux stéréotypes mis en avant par la publicité. Les multinationales avec leurs armées de communicants comme les médias mexicains s’illustrent particulièrement dans l’effort de vider de leurs programmes toute substance de pensée. Il prônent tous le divertissement, l’automatisme et la facilité, contre la réflexion critique.

Me, miself and I

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« Dans un an, on se souviendra de toi que ça. »

L’indifférence ou le dégout pour la politique s’est donc répandu chez les jeunes générations et les étudiants, qui recréent des mondes parallèles protégés. Ainsi des Hipster, exactement la même vague bobo à la mode américaine qu’en Europe : hédonisme et individualisme, hyper-sophistication des tâches professionnelles souvent en relation avec le numérique, addiction pour les nouvelles technologies et les réseaux sociaux, communication partout et message nulle part… Le but étant d’éviter les sujets sensibles et de favoriser la positive attitude, une vision étroite du monde, sous l’angle de ses propres intérêts et de ses rêves. De collectionner un maximum de selfies de son tour de la planète des spots, qu’importent les paysages vus, les gens rencontrés. D’ailleurs un Hipster, un Bobo ne recherche pas l’altérité, la différence, mais la similarité. Il ne remettra jamais en cause un système, aussi mauvais soit-il, mais s’y adaptera et le nuancera principalement pour obtenir un maximum de confort, l’éthique venant très loin derrière.

Les mouvements alternatifs existent principalement dans les grandes métropoles, mais cette invasion du virtuel dans la realité est saisissant ici aussi : narcissisme, récit personnel, besoin de se mettre en valeur en public, les selfies ont vite fait flores au Mexique !

Épanchements virtuels

IMG_0266Le Mexique n’est pas pionnier dans les nouvelles technologies du numérique, comme par exemple le Japon, la Corée du Sud, certains pays européens et bien sûr les USA. Par contre, les ados mais aussi les adultes sont collés sur l’écran des smartphones, omniprésents pendant les temps creux, mais aussi pendant les réunions entre amis, en boite de nuit, au concert, au match de foot… Bref pratiquement aucun moment de la vie n’échappe à ce besoin de se connecter au flux virtuel qui innonde la réalité en la faisant passer en arrière plan.

Quand on sait que la maîtrise du réseau numérique mondialisé, dont les réseaux sociaux les plus utilisés tels Facebook ou Whats’up, passe par la Silicon Valley en Californie, les règles du jeu sont d’emblée truquées, car l’information et la réactivité sont au cœur du système politico-financier de l’Empire. Ainsi, depuis 2015 au Mexique, un accord assez confidentiel a été passé entre le gouvernement mexicain et le PDG de Facebook, autorisant une surveillance totale. Mails, appels téléphoniques sont tous sujets à être écoutées par des oreilles indiscrètes et particulièrement acérées. Evidemment, cette info est passée inaperçue, noyée dans le bruit du monde et les infos tout à fait accessoires. Une sensation diffuse de paranoïa se serait-elle emparée de la population mexicaine ? Que nenni, elle a plutôt développé ses réflexes d’auto-censure et d’occultation.

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« Nous vivons dans un monde où les funérailles importent plus que la mort, le mariage plus que l’amour et le physique plus que l’intelect. Nous vivons dans une culture du contenant qui déprécie le contenu, » Eduardo Galeano

Ensuite, si la masse d’information récoltée quotidiennement par la NSA peut être réellement gérée d’une manière pertinente, ou efficace (pour lutter contre les narcotrafiquants et la corruption, pour qui, pourquoi, dans quel sens) c’est une autre histoire qui ne confondra que les plus naïfs ! La surveillance généralisée de la population, sous prétexte de terrorisme là, de guerre contre le narcotrafic ici, chamboule les règles de fonctionnement des États un peu partout dans le monde. Internet devient un espace de vigilance particulièrement intéressant et un enjeu de tout premier plan dans les stratégies de communication, mais aussi de manipulation. Or on sait pertinemment que traquer les pédophiles ou les poseurs de bombe sur la Toile est un leurre, une manière de rassurer les populations terrifiées par le tumulte du monde. L’objectif réel étant de repérer les sites et les internautes qui s’éloignent un peu trop de la doxa capitaliste mondialisée. Censurer et faire taire les opinions divergeantes, afin que la « dictature parfaite » avance sans heurts.

Nettoyer, simplifier et occulter

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Photographie d’un député mexicain prenant un selfie avec une députée dormant, qui est devenue virale sur Internet au Mexique

Au Mexique, on tolère certains débordements, mais on aime aussi la sensation de propre. L’hygiène des corps est particulièrement soignée, celle des  trottoirs et des voies publiques plutòt remarquable. Ainsi, chaque jour, telles ces hormigitas (fourmis, surnom affectueux des femmes chargées du nettoyage des rues), on coupe ce qui dépasse, on jette à la poubelle le périmé ou on remet tout simplement sous le tapis ce qui gène trop pour la bonne conscience de la société mexicaine.

Opération censure du Net

Dans l’espage virtuel également, une armée de petite main s’agite quotidiennement et retire des réseaux sociaux les éléments trop visibles et dérangeants pour le gouvernement en place. On les appelle ici les peñabots, d’après le prénom de l’actuel Président Peña Nieto. Cette censure discrète ne réussit cependant pas à occulter des campagnes de dénigrement des personnalités politiques, à effacer les photos de députés dormant à l’Assemblée, ou plus tragique, à faire disparaître du Net les vidéos des policiers matraquant des citoyens ou tirant sur des manifestants. L’humour féroce des Mexicains va parfois loin dans la dérision et le mauvais goût, les memes (une même photo utilisée avec différentes légendes, qui se reproduit à l’infini sur les écrans) ont un succès fou et sont des supports privilégiés aux invectives et aux jeux de mots.

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Photographie parodique : « Aidez-moi à gagner autant qu’un député en faisant de même. »

Pourtant, si Facebook peut par exemple servir de grand défouloir, les prises de consciences sont lentes, et inexistantes les actions politiques citoyennes quand chacun se satisfait de la petite minute d’humour, qui tombera dans l’oubli en quelques jours – voire en quelques heures – parmi le flux d’infos véhiculées et produites par tout un chacun. C’est le triomphe du postmodernisme : une société bloquée sur le moment présent, fascinée par l’écume des jours, par le renouvellement des images et des modes, tandis que les courants sous-marins du néolibéralisme, « la main du marché » et les décisions politico-financières orientent imperceptiblement les petits poissons dans l’océan de la globalisation.

On sera surpris en tant que Français de trouver aussi peu d’implication , d’entendre si peu de discussions sur la politique et les affaires du pays. Le débat politique n’est pas ici une marque d’excellence. La logique individuelle a depuis longtemps organisé les rapports humains. Débat et engagement politique se répartissent entre une presse spécialisée, les syndicaux et les appareils des partis, mais ne traverse pratiquement jamais la population dans ses priorités et ses pratiques, sauf pour des lames de fond détruisant petit à petit les vestiges de la démocratie dans pays (les disparitions d’étudiants, les assassinats de journalistes) qui réunissent des milliers de personnes sur Facebook, mais ont bien du mal à prendre la forme d’un mouvement contestataire au niveau fédéral.

Contournement de la propagande officielle

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Joaquin López Dóriga, présentateur star de la chaîne Televisa Azteca : « Voici l’unique prix que j’ai gagné tout au long de ma carrière comme rédacteur d’informations pour désinformer tous les Mexicains. » – Dis non à la censure d’Internet.

Jusqu’à présent aucune lumière n’a été apportée par le gouvernement de Piña Nieto ni par la Justice mexicaine, sur le cas de la disparition des 43 normalistes d’Ayotzinapa. La grands médias mexicains divertissent et désinforment, ils sont surtout là pour assurer que the show must go on. Pour autant, comme pour les révolutions arabes, la Toile est très sollicitée pour faire passer des informations censurées par la propagande officielle, et les peñabots, ou le staff de Facebook ne peuvent pas enlever toutes les images gênantes pour le pouvoir. Par exemple les manifestations en cours dans de très nombreux États comme dans la capitale, en réaction à la réforme éducative en cours, une forme rampante de privatisation de l’école publique. Une large partie de la population soutient ce mouvement, jusqu’aux Zapatistes du Chiapas qui y voient également un renforcement des mesures néolibérales, pourtant tout est fait pour que les résistances populaires aient le minimum de visibilité sur les écrans.

C’est également sur les réseaux comme facebook ou Twitter que sont apparues les premières infos et images concernant la dernière bavure militaire à Nochixtlán où une trentaine de civils ont été tués par les forces de l’ordre suite à des manifestations. Le pays est sur des charbons ardents, avec cette possibilité permanente d’une insurrection populaire, pour l’instant freinée par crainte de la répression policière et militaire démesurée qui peut s’abattre sur n’importe quelle partie du pays. On se souviendra que les événements de 2006, qui ont mis à feu et à sang Oaxaca, ont commencé avec des revendications du corps enseignant, également rejoint rapidement par la population locale.

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Piña Nieto, Président du Mexique, coincé entre Barrack Obama, Président des USA et Justin Trudeau, Premier ministre du canada. Caricature suite à une récente entrevue à trois au Canada.

Dans un paysage politique aussi dévasté, la veille sur Internet promet au moins de beaux fous-rires, l’inventivité des internautes mexicains en matière de chisme ou chiste (rumeur ou blague) ou les caricatures qui se déversent et s’échangent chaque jour dans les tubes du virtuel sont parfois justes croustillantes ! Ainsi le président du Mexique Peña Nieto, coincé par les procédures judiciaires à son encontre au sujet de la Casa Blanca, une luxueuse villa que lui et sa femme ont obtenue par des pots de vin, vient de faire son mea culpa via la presse alignée, pensant ainsi acquérir une nouvelle virginité pour les prochaines élections. Quand on sait qu’il doit principalement son plébiscite populaire en 2012 au vote féminin, du fait qu’il était beau gosse et passait bien à la télé ! Autant dire que dorénavant, suite à sa politique sociale et économique catastrophique, les réactions sur les réseaux sociaux ont été immédiates et sarcastiques… ce qui ne l’empêchera peut-être pas d’être réélu, tant la démocratie mexicaine est viciée.

Infantilisations

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Mur peint d’une école maternelle au Mexique

On peut voir dans l’utilisation superficielle des réseaux sociaux une preuve de plus du manque de sérieux de la société mexicaine. Il existe une autre forme de débordement, celle caractérisée par le terme adulescent en France, un néologisme entre adulte et adolescent ; ou quand l’époque de l’enfance ne se clôt jamais véritablement et inspire les adultes encore très longtemps. Ce terme pourrait s’appliquer au Mexique, où les jeunes adultes ne se responsablilisent pas en tant que citoyens et amplifient l’aveuglement et l’irresponsabilité de la société toute entière. La sacralisation de l’enfance est peut-être due à un taux de natalité toujours soutenu au Mexique par rapport à ses grands voisins, même s’il est en baisse progressive : 2,27 enfants par femme au Mexique, contre 1,81 aux USA et 1,88 au Brésil. La moyenne d’âge de la société reste bas, en 2015 l’âge médian pour les hommes étant de 26,6 ans et pour les femmes de 28,7 ans. Il suffit de sortir dans les rues et les événements public pour constater le jeunisme de la population.

15 años

pascua 2016 150Un rite social particulièrement emblématique au Mexique s’appelle la quinceañera, tout à la fois initiation aux protocoles formels des adultes, mise en valeur de la jeunesse et sorte de pré-mariage. Il s’agit de célébrer en grandes pompes le passage des 15 ans des jeunes filles qui deviennent déjà à cet âge des femmes. Ce qui développe un secteur économique incroyablement vaste : organisation de fêtes sur mesures avec location de salle, centaines d’invités et orchestre, ordonnancement du bal, cartons d’invitation, choix de la robe-crinoline dans les tons les plus criards et scéances photo à n’en plus finir… Bienvenue dans le monde enchanté de Walt Disney !!

pascua 2016 232Ce type de mise en scène rythme le corps social mexicain, tout comme les mariages, baptêmes et anniversaires, en rappelant la primauté de la famille au sein de la société. Les 15 años sont une promesse de bonheur et de prospérité dans un cadre déjà très défini et respectant des codes typiquements mexicains. Ainsi la cérémonie commence par une messe d’actions de grâce de rite catholique à à l’église puis se poursuit dans la salle de réception, à l’occasion de laquelle la jeune fille apprendra à être une parfaite épouse.

On peut rapprocher cet événement familial et amical d’un manière d’être plus générale : la valorisation des codes, des protocoles et des apparences sociales. Bref, tout ce qui fabrique l’apparence, et dont la plupart des mexicains se satisfont. L’industrie des loisirs étasuniens avait déjà mis en avant la figure de l’adolescent dans les années 1950, afin de créer de nouveaux marchés de consommation qui se sont avérés très fructifiants : habillement, accessoires, loisirs, alimentation, etc.

On peut aussi plus généralement envisager le renouvellement des générations comme le renouveau permanent dont le postmodernisme a un besoin vital. Faisant à la fois l’éloge de la vacuité en masquant ses effets lénifiants, sans passé ni avenir, il justifie sa fuite en avant avec la création de nouveaux produits et de nouvelles modes, ce mouvement circulaire se suffisant à lui-même. Qu’importe s’il se métamorphose progressivement en trou noir pour l’humanité. Et puis cette habitude capricieuse du « tout, tout de suite » sert bien la cause du consumérisme : si les adultes se mettent à trépigner devant un nouveau modèle d’Iphone ou à l’inauguration d’un Starbucks, on finira par trouver ces attitudes puériles tout à fait conformes à l’air du temps…

IMG_0505« Jaja ¡Que tontos! Nuevo Starbucks en Bogotá. El primero de ellos en Colombia. La gente espera horas en fila para comprar café… La gente estúpida.

Es como si México vendiera petróleo a EUA y después le comprara gasolina… Espera. »

Ahaha, quels fous ! Un nouveau Starbucks à Bogota. Le premier en Colombie. Les gens attendent des heures pour acheter un café… les gens stupides.

C’est comme si le Mexique vendait son pétrole aux USA et ensuite leurs achèterait l’essence… Attendez !

Étalement urbain et fausses perspectives

fraccionamiento_diamanteUn autre aspect du débordement dans la modernité à la mexicaine, c’est bien sûr la surpopulation qui atteint des sommets dans la capitale (21 millions d’habitants en 2016, avec une densité de 14 047 habitants au km2) mais aussi dans les grandes villes de toute la Fédération. Elle est également galopante dans les hauts lieux du tourisme international, avec les corolaires de l’urbanisation extensive et anarchique, relevant principalement d’investissements privés, et de l’explosion du nombre de véhicules. S’accélèrent le grignotage d’aires naturelles encore préservées – ainsi les mangroves dans la région de Cancún – et l’émiettement social du fait de la ghettoïsation de l’espace urbain. Débordante de vitalité et d’énergie, la société mexicaine semble souvent « mettre la charrue avant les bœufs » et ne prend pas beaucoup le temps pour la réflexion en amont, car elle fonctionne particulièrement à l’instinct, au culot et dans l’urgence. Ainsi, des familles construisent souvent de nouvelles maisons de manière empirique, sans autorisation ni accès à l’eau et à l’électricité, en bordure des villes ou dans les villages, parfois dans des zones inconstructibles ou innondables. Le réseau routier, le lissage urbain et les raccords techniques viendront en second lieu. C’est là une logique du colon encore au XXIe siècle, pour lequel l’espace naturel est un terrain vierge à conquérir, sans aucun respect du milieu naturel.

Plus planifiées, les nouvelles colonies hyper sécurisées que sont les fraccionamientos s’étendent en périphérie des villes tentaculaires et recouvrent plaines et contreforts de collines, comme à Querétaro. Ces zones résidentielles parfois très luxueuses reçoivent les faveurs des Mexicains, et l’aspect souvent répétitif des constructions rassure plus qu’il ne rebutte. Complètement ceintes de murs de protections et disposant d’un gardien à chaque entrée, ces quartiers peuvent figurer des oasis de confort pour une classe aisée, traumatisée par les enlèvement contre rançon et fatiguée des vols à domicile. Ou une version high tech des pavillons anglais tous identiques, où chacun rejoint sa case après une journée de labeur…

fraccionamiento 1Difficile de dire quand la logique de l’exploitation outrancière des ressources humaines et naturelles, commencée avec la colonisation espagnole, prendra fin pour envisager un autre type de développement, plus équilibré, plus éthique, et à plus long terme. On peut se laisser emporter facilement par l’ivresse de plaisirs et du pouvoir d’achat, un courant irrépressible qui traverse tout le Mexique, sans trop se demander à quoi ressemblera demain. Puisque s’il y a une limite à ne pas franchir malgré les grandiloquentes déclarations publiques, c’est celle de l’avenir de tout un pays, qui reste pieds et poings lié à des intérêts dépassant très souvent ceux de la plus grande partie de la population.

Transgressions et nouveaux sacrifices

Un dernier aspect du débordement dans les villes : le street art, que lapartmanquante a particulièrement documenté au Mexique, est une des rares formes de contestation et de résistance artistique et sociale, quand les oeuvres ne sont pas effacées par les services municipaux. Ainsi à Oaxaca, les slogans hostiles ou gouvernement et les portraits des normalistes d’Ayotzinapa recouvrent à nouveau certaines façades du centre-ville historique.

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L’accélération de la modernisation du pays laisse de côté des pans entiers de la population, exclue de fait ou se retrouvant éjectée de l’idéologie consumérisme dominante, tout en générant de graves problèmes de santé publique ou de destruction de l’environnement. Ce sont certainement là des nouveaux dégâts collatéraux et les Mexicains qui ne peuvent pas ou ne veulent pas participer à l’heureuse marche vers le bonheur sont soit ignorés, soit réprimés dans le sang… Alors oui on peut parler de nouveaux sacrifiés, non plus au sommet des anciennes pyramides aztèques, mais dans les marges et les abîmes de plus en plus larges du capitalisme conquérant.

manif profs monterey Les dernières manifestations en soutien aux professeurs et contre la réforme éducative en cours a déjà poussé dans les rues des centaines de milliers de Mexicains. Une marée humaine que tente bien maladroitement de freiner les pouvoirs publics, ou a défaut de minimiser et d’effacer des grands médias alliés à la propagande officielle. Ce mouvement de contestation sociale, puissant et bien enraciné dans les campagnes, converge vers les grandes villes des États et la capitale.  Mais le zócalo de Mexico, place névralgique et hautement symbolique du pays, est totalement interdit aux nombreux manifestants encadrés par le grand syndicat de l’éducation nationale la CNTE. Ce qui n’empêche pas les enseignants rebelles d’élargir leur lutte et de se solidariser avec d’autres victimes des réformes politiques néolibérales au Mexique, telles les associations des familles de disparus, des milliers de cas laissés en suspens par la Justice tout au long de ces dernières années. Maintenant quelles suites sociales et politiques auront ce mouvement, seul les lendemains certainement chahutés du pays nous le diront !

Les changements climatiques et les grandes manoeuvres géopolitiques du XXIe siècle semble cependant laisser la population stoïque, autocentré sur ses problèmes internes et à l’abri des inévitables mutations mondiales à venir. La majorité de la population, silencieuse et besogneuse, reste confiante en la bonne étoile du Mexique et en la Vierge de Guadalupe. Une étoile qui se rapproche de plus en plus des 50 autres, alignées sagement sur le drapeau des USA.

Florent Hugoniot

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SOURCES :

Pauvreté au Mexique :

http://data.lesechos.fr/pays-indicateur/mexique/taux-de-chomage-des-jeunes-de-moins-de-25-ans.html
http://regeneracion.mx/causas-justas/carlos-slim-y-los-bajos-salarios-en-sanborns/

http://www.lepetitjournal.com/mexico/accueil/actualite-mexique/192023-debat-le-salaire-minimum-sous-le-seuil-de-pauvrete-au-mexique

Mabouffe :

http://www.courrierinternational.com/article/mexique-accros-au-coca-et-diabetiques?utm_campaign=Echobox&utm_medium=Social&utm_source=Facebook#link_time=1476373044

Réformes :

http://regeneracion.mx/sociedad/improbable-que-las-reformas-aceleren-el-crecimiento-en-mexico-premio-nobel-de-economia/

Casa Blanca de Piña Nieto :http://regeneracion.mx/pena-nieto-falseo-informacion-sobre-obtencion-de-propiedad-en-valle-de-bravo/

Peñabot / nettoyage d’Internet :

http://regeneracion.mx/penabot-por-john-m-ackerman/

http://hipertextual.com/2015/10/ley-fayad-mexico

http://www.proceso.com.mx/?p=419666

Nochixtlán :

http://regeneracion.mx/falso-que-haya-atencion-a-los-heridos-de-nochixtlan-acusan-pobladores/

Démographie :

https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9mographie_du_Mexique

http://www.statistiques-mondiales.com/mexique.htm

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Un commentaire pour Comment peut-on être mexicain ? (4)

  1. ALENA, CETA, TAFTA/TIPP, ces acronymes qui masquent l’offensive néolibérale du « libre-échangisme » tout azimut ; mêmes causes idéologiques, mêmes effets destructeurs pour l’environnement et les humains. Impasse à Bruxelles sur l’accord Canada-UE grâce aux Wallons et àleur Parlement, seul village européen à résister ? http://www.legrandsoir.info/organisez-un-referendum-europeen-et-vous-verrez-que-les-wallons-ne-sont-pas-seuls.html

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