Le lien

Figurines en papier mâché et entourées de pétards pour les fêtes mexicaines

Comme on change parfois, imperceptiblement… Un évènement marquant peut suffire à déclencher ou à mettre à jour toute une série de réajustements structurels qui se sont produits à l’ombre de soi. Plus souvent, certainement, une rupture, une déchirure, un moment de crise plutôt qu’un moment de joie, sera le révélateur d’un rééquilibrage général, d’un basculement nécessaire.

J’avais cette idée de tenir un petit journal de bord pendant ces 3 semaines de vacances passées en France, un peu a la maniere des Lettres persannes, afin de relever avec mon regard nouvellement neuf toutes les étrangetés françaises que j’aurais pu déceler, et ce après 3 ans de vie au Mexique et d’immersion dans une autre culture. De ce projet, nulle trace ici puisque le fil du voyage hexagonal se sera suffit à lui même, les retrouvailles avec les proches, la plongée dans des paysages tant désirés, les saveurs retrouvées… Bref, la banalité de mon bonheur personnel qui n’interessera personne ici. Mais aussi cette sérénité de retrouver certains repères essenciels, un ordre des choses, de récupérer une part de moi dans le regard des autres, dans leurs gestes, leurs attentions.

Réconciliation

Comme une autre narration laissée en suspend, celle dans son aspect familial, mais aussi social dans une autre société, amical avec d’autres amis, pour beaucoup de longue date. Un récit qui reprend son fil. Certes dans des conditions de légèreté et de disponibilité totales, magie du mot vacances, mais aussi cette surprise : la critique acerbe que je me rejouissais d’écrire sur une société française amorphe politiquement, individualiste et irresponsable – réflexions faites suite aux dernières élections présidentielles, vues du Mexique et surtout du Web – n’avait plus lieu d’être ! Elle s’était complètement émoussée face au plaisir du partage, de la chaleur humaine et de l’affection réciproque qui se manifestait selon la sensibilité de chacun et chacune.

Tout était en ordre, et j’étais donc malgré moi, en phase avec tout mon environnement. Inutile d’aller jouer le faux rôle du juge à charge, de la mouche du coche. Impossible de venir emmerder le monde avec mes certitudes politiques ressassées depuis des milliers de km… Autant profiter du moment présent, de ces moments d’empathie qui se succédèrent.

Qu’importe la nature du choc émotionnel au Mexique qui, avant ce séjour régénerateur, attendrit ma psyché. Un gâchis amoureux, certainement, une certitude qui se noie, une projection certaine qui s’efface… Cela cumulé avec le vol de l’ordinateur portable qui m’accompagna jusqu’alors dans l’étendue de mon périple mexicain, petit animal de compagnie docile et obéissant qui répondait si bien à ma caresse sur son clavier, écritoire sur lequel j’ai composé tant de textes publiés sur ce même blog.

Disparu lui aussi dans la même semaine !

Paradoxalement je travaillais sur un nouvel article, une féroce critique de la pensée positive qui selon moi affadit, neutralise et appauvrit tant aujourd’hui les relations humaines. L’obligation capitaliste du bonheur, la dictature des apparences. Du moins c’était l’angle mou de ce texte. Peut-être la seule idée intéressante, et qui justement s’illustrera quelques semaines plus tard, consistait en ces questions : Pourquoi vouloir absolument se libérer de ses attaches ? Cette théorie désormais omniprésente dans les magazines, chez le psy, sur les blogs de savoir-être/bien-être, qui conforte l’individualisme et nous condamne tous à vivre comme des monades libres, détachées de tout. Pour finalement se bercer de vide ?? Alors quelle nécessité a-t-on de toujours vouloir tisser de nouveaux liens affectifs ? Et comment se relier sans se nier ?…

Mais ce texte rededondant ne décolait pas, il n’avait pas de ligne claire. Un texte de trop. Pfft, du vent !!

Une machine reste une machine. Un amant, c’est autre chose… Pour autant, ce laptop savait merveilleusement refléter et mémoriser ma pensée, il était devenu un prolongement de moi-même, second moi professionnel, également social, mon moi photographe, philosophe à mes heures.

Esseulé, je me suis donc recentré. Pas d’autre issue.

J’ai pensé, ce n’est pas grave ces fichiers perdus, l’essenciel se trouve dans les méandres de tes neurones.

Pas besoin d’un écran pour refléter ton monde, pour voir le monde.

Ton mental reste constamment allumé, connecté, même en état de veille, même en sommeil.

C’est ton trésor, et personne ne peux te le voler. Tant d’images gravées, indestructibles.

 

Ton coeur est toujours en mouvement, il bat un peu, beaucoup, passionnément

Pas besoin de batterie, pas besoin de prise et de coup de foudre

Il sait seul se recharger et renouer avec le souffle

En rythme, il participe de la respiration universelle

 

Écoute

 

Ta vie ne tient qu’a un fil

Si tu le fais jouer, si tu en pinces

Il te donnera le son

Et vibrera en harmonie.

 

Florent Hugoniot, Querétaro le 13/08/2017

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